Bleue (Maja Lunde)

bleue

Date de publication originale/Dans cette édition : 2017/2019
Langue originale : Norvégien
Maison d’édition : Presses de la Cité
Nombre de pages : 360
Quatrième de couverture : Norvège, 2017. Depuis son plus jeune âge, Signe a fait passer l’écologie avant tout. Ainsi a-t-elle préféré renoncer à Magnus, dont elle ne partageait pas les idées. Aujourd’hui, elle vit sur un bateau amarré dans un fjord, au plus près de l’eau. Et c’est pour sauver l’eau qu’elle décide à soixante-sept ans d’entreprendre un dernier périple en mer, lorsqu’elle apprend qu’une opération commerciale, autorisée jadis par Magnus, menace son glacier natal. L’heure est venue pour Signe d’affronter son grand amour perdu. Pour cela, elle doit prendre la direction du sud de la France…
France, 2041. La guerre de l’eau bat son plein. Avec Lou, sa fille aînée, David a fui les Pyrénées ravagées par la sécheresse pour retrouver sa femme et leur bébé, dont il a été séparé. Mais les réfugiés climatiques sont bloqués à la frontière, et les ressources commencent à manquer. Un jour, à des kilomètres de la côte, David et Lou trouvent un voilier au beau milieu d’un champ desséché : le bateau de Signe…

Bleue est un roman qui joue sur l’alternance entre deux narrateurs, deux époques, et de ce fait deux voix bien distinctes, alternance qui va lui permettre, certes de se ranger dans le genre de la dystopie, mais aussi, et surtout, dans celui de l’apologue. Il est en effet un nouvel appel à prendre conscience de l’urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons, appel non seulement martelé par l’un des deux personnages principaux, mais aussi par Maja Lunde derrière la voix de son personnage, et ce par l’intermédiaire de diverses digressions décrivant au plus près les comportements humains, individuels ou collectifs, qui expliquent aujourd’hui cette urgence à changer radicalement nos modes de fonctionnement.

D’un côté, en 2017, Signe, fervente écologiste norvégienne sexagénaire qui vit à bord de son bateau, essaie depuis des années, avec ses petits moyens, de faire prendre conscience de l’urgence climatique dans laquelle se trouve la Terre, d’abord à travers des actes d’intérêt général (manifestations, blocages…), enfin à travers un ultime acte personnel qui renvoie à son passé, passé qu’elle nous dévoile progressivement et qui nous permet de comprendre son engagement écologiste. Sa manière de s’exprimer – phrases longues, très rythmées – nous donne justement l’impression d’une femme qui donne tout son souffle pour rendre compte de la situation d’urgence qu’elle a pressenti depuis bien longtemps, mimétisant au mieux la situation dans laquelle elle se trouve, et dans laquelle nous nous trouvons nous aussi.

De l’autre côté, David, et sa petite fille, Lou, qui, en 2041, survivent tant bien que mal à la sécheresse qui a envahi la moitié Sud de la planète et qui a rendu possible l’incendie de leur ville, les obligeant à fuir et à se rendre dans un camp de réfugiés climatiques dans le Loiret. Ils espèrent y retrouver femme et bébé dont ils ont perdu la trace durant l’incendie, pour ensuite se rendre dans le Nord de l’Europe et obtenir un visa extrêmement convoité qui leur permettra de s’installer dans un pays où le manque d’eau n’est pas encore un problème. Au contraire de Signe, David s’exprime par l’intermédiaire de phrases courtes, très hachées, qui vont à l’essentiel, comme si, désormais, le langage était devenu bien secondaire et demandait beaucoup trop d’énergie dans un monde où chaque déplacement devient une épreuve, tout autant en raison de la chaleur, quotidiennement oppressante, qui rend apathique, que de la situation, qui ne laisse que peu de place à l’espoir et au bonheur.

J’ai trouvé l’alternance entre Signe et David franchement réussie, principalement en raison de ces deux voix bien distinctes qui nous font ressentir au plus près l’avant et l’après catastrophe climatique – c’est ce qui, à mon sens, permet de passer outre le caractère très « académique » de cette alternance, puisque l’on passe, de manière assez artificielle au contraire, de l’un à l’autre. Qui plus est, j’ai trouvé l’intrigue plus que plausible, et donc plus que troublante quant aux conséquences du réchauffement climatique actuel, surtout que l’on reste, jusqu’au bout du roman, dans un halo de pessimisme aussi assommant que la chaleur décrite, et qui n’en est pas moins crédible. Malgré tout, l’intrigue n’a pas toujours été pour moi des plus pertinentes : certaines coïncidences m’ont semblé en effet trop tirées par les cheveux, de même que la fin de l’histoire de Signe fait un virage bien trop radical vers un happy end qui ne correspond pas du tout à mon sens au caractère du personnage tissé au fil du roman. L’on pourrait également reprocher aux personnages leur caractère caricatural, bien trop attendu, mais cela ne m’a pour une fois pas gênée pendant ma lecture, ayant retrouvé dans ceux-ci justement une des caractéristiques de l’apologue, et plus généralement des genres littéraires didactiques.

Bleue a donc été pour moi une très belle découverte. Je remercie les éditions des Presses de la Cité et Babelio de m’avoir permis de lire ce roman, et par la même occasion, de rencontrer la plume de Maja Lunde. Ayant apprécié cette première lecture, je vais de ce fait me procurer sous peu son premier roman, écrit en 2015, Une histoire des abeilles.

 

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