Rouge impératrice (Léonora Miano)

006716635

Après quelques dizaines de pages pendant lesquelles j’ai été empreinte d’un puissant sentiment d’étrangeté dû à l’utilisation omniprésente d’un lexique qu’il m’a fallu apprivoiser, – le glossaire en fin de roman ayant été la boussole nécessaire pour m’y retrouver -, j’ai été complètement happée par le récit extrêmement riche que nous livre ici Léonora Miano.

Nous entraînant en Katiopa, nouvelle Afrique désormais au centre du monde qui a connu, depuis le XXIème siècle, et ce en un siècle, diverses migrations, surtout européennes, Rouge impératrice est tout autant un récit d’anticipation et de géopolitique qui imagine un autre possible, que celui d’une passion amoureuse dont les machinations politiques sont la tragique conséquence, ou encore celui d’un mysticisme en filigrane, au centre également de ce nouveau monde qui parvient tant bien que mal à se construire tout en essayant d’éviter les erreurs du passé.

Car c’est surtout, à mon sens, de cela dont il est question dans ce roman  : comment ne pas céder, en raison de l’ironie de la situation qui voudrait que les anciens colonisateurs deviennent les nouveaux migrants, au travers somme toute humain du désir impérieux de vengeance à l’égard de l’ancien bourreau en se comportant à l’identique ? Et c’est en cela que le personnage de Boya, à la fois porte-parole des Fulasi, immigrés français que Katopia désire exiler, et citoyenne de ce même état dans lequel elle va prendre de plus en plus de place en raison de son amour pour Illunga, chef du gouvernement, sera celle qui offrira une nouvelle voie, loin des antagonismes primaires, à cette nouvelle société en devenir.

En plus de cette densité de genres, de thèmes, de protagonistes et de points de vue, ainsi que des nombreuses réflexions qui incombent de cette densité, Rouge impératrice est également servi par une voix remarquable, mêlant avec beaucoup de cohérence et de maîtrise écriture poétique, notamment des corps et des sens, et description totalisante, plus « scientifique », d’un monde certes imaginaire, mais malgré tout plausible du fait de cette profusion de détails sur le monde imaginé.

En somme, Rouge impératrice a été un très bon moment de lecture, et est, pour l’instant, mon coup de cœur de la rentrée littéraire 2019. J’avoue que je serais particulièrement ravie si son auteure parvenait à décrocher le Goncourt, étant toujours actuellement en lice dans la sélection.

Je remercie les éditions Grasset de m’avoir permis de découvrir ce roman via Netgalley.

Date de publication : 2019 ; Maison d’édition : Grasset ; Nombre de pages : 608
Quatrième de couverture : Le lieu : Katiopa, un continent africain prospère et autarcique, presque entièrement unifié, comme de futurs Etats-Unis d’Afrique, où les Sinistrés de la vieille Europe sont venus trouver refuge. L’époque : un peu plus d’un siècle après le nôtre. Tout commence par une histoire d’amour entre Boya, qui enseigne à l’université, et Illunga, le chef de l’Etat. Une histoire interdite, contre-nature, et qui menace de devenir une affaire d’Etat. Car Boya s’est rapprochée, par ses recherches, des Fulasi, descendants d’immigrés français qui avaient quitté leur pays au cours du XXIème siècle, s’estimant envahis par les migrants. Afin de préserver leur identité européenne, certains s’étaient dirigés vers le pré carré subsaharien où l’on parlait leur langue, où ils étaient encore révérés et où ils pouvaient vivre entre eux. Mais leur descendance ne jouit plus de son pouvoir d’antan : appauvrie et dépassée, elle s’est repliée sur son identité. Le chef de l’Etat, comme son Ministre de l’intérieur et de la défense, sont partisans d’expulser ces populations inassimilables, auxquelles Boya préconise de tendre la main. La rouge impératrice, ayant ravi le cœur de celui qui fut un des acteurs les plus éminents de la libération, va-t-elle en plus désarmer sa main ? Pour les « durs » du régime, il faut à tout prix séparer ce couple…

1 réflexion sur « Rouge impératrice (Léonora Miano) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s