Bandini (John Fante)

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Premier volet de la saga Bandini de John Fante, Bandini a pour moi quelques défauts, mais surtout beaucoup de qualités.

A travers le regard d’Arturo Bandini, et parfois de son père, nous découvrons le quotidien d’une famille pauvre du Colorado, qui subsiste tant bien que mal au fil des ans, jusqu’au jour où le père prend une décision qui va faire péricliter l’apparente harmonie familiale… et laisser mère et enfants livrés à eux-mêmes. Arturo, étant l’aîné des trois garçons, doit donc, bien malgré lui, prendre les rênes de la famille, et se montrer à la hauteur – et pourquoi pas meilleur – que le père qu’il a toujours admiré.

Par l’alternance narrative de départ entre le père et le fils, nous découvrons deux personnages décrits avec une grande profondeur, scrutés dans les moindres détails, ce que j’ai franchement apprécié pour mieux saisir toute l’épaisseur psychologique de chacun, et mieux comprendre par la suite leurs comportements et leurs conséquences. de plus, ce qui faisait plutôt, de prime abord, penser à une histoire familiale, aux accents foncièrement sociologiques, se transforme progressivement en un récit d’apprentissage, le fils prenant la place du père dans la famille, mais encore plus dans le récit, l’évolution narrative mimant à la perfection l’évolution réelle du personnage au fil de l’histoire, ce que j’ai également grandement apprécié. L’histoire des Bandini devient finalement celle d’Arturo, aux prises avec un monde dans lequel il se sent de plus en plus à l’étroit. Où l’on sent que John Fante a un certain potentiel pour écrire avec ses tripes les états d’âme de son personnage principal – à voir si cela se confirme ou s’infirme par la suite dans le prochain volet -, leur donnant une certaine authenticité, comme je l’apprécie également.

Cependant, la mise en route du récit n’en est pas moins maladroite et poussive : j’ai trouvé les premiers chapitres très brouillons, mêlant narrations, temporalités, discours des personnages, sans aucune logique, donnant l’impression d’une sorte de maelström sur lequel l’auteur n’aurait aucune prise, et sans que ce choix ne soit un parti pris esthétique – ce que reconnaît John Fante lui-même en préface de son roman, puisque après une lecture postérieure, il considère celui-ci comme bon à jeter… -. Mais très vite, la cohérence reprend ses droits, et le récit peut suivre un cours plus harmonieux, au contraire de la famille qu’il nous décrit, finalement.

Bandini m’a, sans conteste, donné envie de découvrir la suite des aventures d’Arturo, peu importe les défauts d’entrée en matière romanesque, qui disparaissent d’ailleurs bien vite au fil du récit. John Fante rend en effet ses personnages et son intrigue suffisamment consistants, qui plus est alors qu’est abordé un quotidien on ne peut plus banal, facilement sujet à un manque de complexité si l’on n’y prend pas garde, pour que l’on ait envie de suivre encore un petit bout de chemin avec eux. Ce sera sous peu, le prochain roman est en commande chez mon libraire.

Date de publication originale/Dans cette édition : 1938/1997 ; Langue originale : Anglais (US) ; Maison d’édition : 10/18 ; Nombre de pages : 266

Quatrième de couverture : Bon et méchant, généreux et voleur, Arturo Bandini détruit d’une main ce qu’il construit de l’autre. Dans son roman de jeunesse devenu culte, Fante a versé toutes les frustrations de l’enfance. Et à l’instar de son père maçon, impuissant devant la rudesse de l’hiver qui l’empêche de travailler, le jeune Bandini assiste résigné à l’implosion du couple parental.

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