Glory (Elizabeth Wetmore)

Odessa, 1976. Cette ville, dont le pétrole est le poumon économique, qui s’est construite sur sa présence dans son sol, voit venir au fil des saisons son lot de travailleurs occasionnels qui profitent de l’effervescence causée par l’or noir pour se faire un petit pactole avant de repartir. C’est de l’un de ces travailleurs que Gloria, adolescente, fera les frais au soir de la Saint-Valentin, agressée sauvagement après être monté avec lui dans sa voiture, sans penser à tel mal, sans penser qu’elle subirait une violence telle que l’état de la jeune fille, décrit par touches au fil des premières pages, nous plonge avec horreur dans une atmosphère âpre, brutale, glauque, éminemment masculine dans son sens le plus péjoratif.

Mais de masculin, il ne sera, finalement, que bien peu question, de manière directe, dans ce roman, puisque Elizabeth Wetmore a fait le choix de narrer les faits – l’agression de Gloria et ses diverses conséquences au sein de la ville – par l’intermédiaire des voix féminines de celle-ci, voix qui sont d’habitude effacées, voire totalement annihilées au profit des hommes dans ce genre de milieux gonflés à la testostérone. Celle de Gloria bien sûr, traumatisée par son agression ; mais aussi celle de Marie Rose, chez qui la jeune femme est venue frapper lorsqu’elle est parvenue à s’échapper des griffes de son bourreau, et qui décide de témoigner pour elle au procès ; ou encore celle de Corrine, ancienne enseignante qui doit apprendre à vivre avec la mort récente de son mari et qui va côtoyer Marie Rose ; celle de Debra-Ann, jeune voisine de Corrine qui vient souvent lui rendre visite ; celle de Ginny, la mère de Debra-Ann ; celle de Suzanne, une autre voisine de Corrine ; et enfin celle de Karla, serveuse dans un bar de la ville.

Derrière toutes ces voix, diverses postures face à ce qui les entoure, qui racontent indirectement l’histoire de chacune, avec, toujours, en toile de fond, le fantôme de la domination masculine qui rôde : ce n’est pas lui qui s’exprime, mais cela ne l’empêche d’être présent, insidieusement, dans chaque évènement vécu par ces femmes, dans chaque décision prise, volontairement ou non, par elles, dans chacun de leur comportement, dicté par le fait de devoir faire attention au moindre de ses faits et gestes, et ce dès le plus jeune âge, pour éviter justement une agression telle que subie par Gloria. Ce sont aussi les fantômes de la rumeur et des préjugés, plus encore du racisme (Gloria étant d’origine mexicaine, elle a forcément cherché son agression, selon la majorité des habitants), ou encore de la pauvreté omniprésente à Odessa, qui se mêlent à celui de la domination masculine, permettant de décrire avec force réalisme les conditions de vie dans cet univers étouffant, à l’image du Texas désertique qui l’a engendré à l’appel du pétrole.

Glory est, pour l’instant, – et je pense qu’il le restera – mon coup de cœur de cette rentrée littéraire : fond et forme servent parfaitement un propos qui me touche, m’interpelle au quotidien ; ils donnent enfin la parole, avec beaucoup de force et de justesse, à celles qui ne l’ont pas ou peu.

Je remercie les éditions Les Escales et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman avant sa publication, prévue pour le 27 août.

Date de publication originale / Dans cette édition : mars 2020 / août 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Valentine ; Traduction : Emmanuelle Aronson ; Maison d’édition : Les Escales ; Nombre de pages : 320

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