A l’Est d’Eden (John Steinbeck)

Dès le titre du roman, et cela ne fera que se confirmer ensuite, Steinbeck nous entraîne dans une incursion mythique aux multiples facettes.

L’Est d’Eden, c’est bien sûr celui de la Bible, du meurtre d’Abel par Caïn, qui mettra un terme à la branche des bergers et laissera pour l’Homme comme seul ancêtre celui qui a commis une faute. En effet, le texte y est omniprésent, par des citations directes, par des questionnements que divers personnages se posent sur le sens de celui-ci – notamment sur son sens originel, en hébreu, par rapport à sa traduction, ici anglaise -, par ce que symbolisent chacun quant à son rapport au Bien et au Mal, et enfin par la présence, qui revient de manière générationnelle, de la thématique des frères ennemis, Adam et Charles Trask d’abord, Caleb et Aaron, les fils d’Adam, ensuite. Réécriture biblique en somme, qui cherche principalement à questionner sur ces notions de Bien et Mal, et qui dépasse de fait la simple réécriture, en dépassant le symbole par la création de personnages tout sauf manichéens, d’une richesse folle : que les portraits sont précis, et surtout crédibles !

Mais l’Est d’Eden, c’est aussi la vallée de la Salinas, en Californie, petit paradis pour les uns, terre inhospitalière car aride pour les autres, région dans laquelle l’auteur est né, et à laquelle il rend hommage ici – mais quel incipit ! La description de la vallée est juste exceptionnelle ! -, ainsi qu’à sa famille puisque sa mère est, justement, une Hamilton, l’une des deux familles au cœur du récit. Les Hamilton, irlandais venus s’installer en Californie à la fin du XIXème siècle, vont, dans cette vallée, malgré divers aléas, faire leur petit bout de chemin ; les Trask, américains ayant choisi de venir vivre à l’Ouest, installés un peu plus tard, feront le leur aussi. Pour les deux familles, le chemin sera souvent ardu, parfois terrible, symbole du passage d’un siècle à l’autre, d’un XIXème siècle qui laisse penser que tout est possible, à un XXème siècle qui mènera dès ses premiers balbutiements à une guerre mondiale, et, rapidement à la désillusion de la crise économique qui suivra (ce que l’on retrouvera dans Les raisins de la colère).

A l’Est d’Eden est donc un superbe fresque, d’une grande richesse, qui permet, et de passer un excellent moment de lecture – la traduction laisse en effet penser, sauf si elle n’est pas du tout fidèle, ce qui m’étonnerait, que la plume de Steinbeck est particulièrement agréable à lire, toute en fluidité et en naturel, même lors d’amples descriptions très précises -, et de plonger avec un remarquable réalisme dans l’âge d’or des Etats-Unis, avant la crise.

Description de la crise et de la Grande Dépression que je vais maintenant découvrir avec Les raisins de la colère : l’été 2020 aura été un été Steinbeck !

Date de publication originale / Dans cette édition : 1952 / 1974 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : East of Eden ; Traduction : J.-C. Bonnardot ; Maison d’édition : Le Livre de Poche ; Nombre de pages : 640

5 réflexions sur « A l’Est d’Eden (John Steinbeck) »

    1. Je découvre, mais j’aime aussi. Je n’avais lu que Des souris et des hommes auparavant. J’ai commencé Les raisins de la colère, je sens que je vais encore plus apprécier !

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