Les optimistes (Rebecca Makkai)

Chicago, années 1980. Yale et Charlie sont en couple exclusif depuis plusieurs années lorsqu’ils assistent à une soirée rendant hommage à un de leurs amis, Nico, qui vient d’être enterré. Cette soirée est un pied de nez au fait qu’ils n’ont pas pu se rendre à l’enterrement par refus des parents du jeune homme, ne voulant pas faire savoir au monde que leur fils était gay, et qu’il est mort de cette terrible maladie qui commence à faire des ravages un peu partout aux Etats-Unis. C’est par l’intermédiaire de Yale, à partir de cette soirée, que nous suivrons l’irruption brutale du SIDA dans le milieu gay de Chicago, et les tensions, désillusions, drames que cela entraîne, non seulement pour lui, mais aussi pour son entourage proche : Charlie, son compagnon, mais aussi Terrence, Julian, Teddy, Asher… Dans le même temps, nous suivrons Fiona, petite sœur de Nico, très proche des amis de son frère, en 2015, à Paris, alors qu’elle est à la recherche de sa fille, qui est partie sans lui donner aucune nouvelle, et dont elle vient enfin de trouver une trace. Quel lien entre les deux histoires, exceptés Nico et l’amitié entretenue entre Fiona et Yale, me direz-vous ? Et bien Fiona, lorsqu’elle part à Paris, se fait héberger par Richard, ami de la bande et devenu grand photographe vivant désormais outre-Atlantique : elle va, de fait, non seulement rechercher sa fille, mais encore se remémorer son passé, et les années qui ont bouleversé leur univers à tous. Les deux temporalités et narrations vont ainsi se mêler, toujours alternativement, un chapitre après l’autre, tout au long du récit.

Les optimistes est un roman que j’ai trouvé particulièrement réussi en ce qui concerne la description des années 1980-1990. La période est en effet remarquablement campée par le personnage de Yale, tour à tour sensible, touchant, parfois drôle, en tout cas terriblement réaliste, et en tout cela extrêmement attachant, qui permet de raconter avec beaucoup de justesse, sans à aucun moment entrer dans un pathos larmoyant qui aurait pu faire perdre en crédibilité à l’histoire, cette terrible période qui verra la mort, en premier lieu, de nombreux jeunes gays dans le monde entier.

J’ai été moins convaincue par la partie concernant Fiona, même si j’en ai bien compris l’intérêt : elle permet, avec une remarquable justesse elle aussi, de mettre en évidence les sentiments complexes des « survivants », ceux qui ont vécu le drame, plus ou moins directement – ici, Fiona s’est occupée, non seulement de son frère malade, mais aussi, ensuite, de certains de ses amis, qui étaient également ses amis, ou encore ceux qui sont séropositifs et vivent depuis de nombreuses années sous trithérapie -, et qui ont parfois du mal à vivre en dehors de celui-ci, malgré les années passées.

Une lecture touchante donc, que j’ai vraiment appréciée, même si l’une des deux parties m’a moins intéressée : les plus de 500 pages du roman ont été, malgré tout, lues en seulement quelques jours, preuve de l’intérêt que j’y ai porté. Je remercie les éditions Les Escales et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2018 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : The Great Believers ; Traduction : Caroline Bouet ; Maison d’édition : Les Escales ; Nombre de pages : 560

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