La Société des Belles Personnes (Tobie Nathan)

Cinquième lecture dans le cadre du Prix du Roman Fnac 2020

Roman au titre énigmatique dont nous ne comprenons véritablement le sens que dans son dernier quart, La Société des Belles Personnes est une fresque historique passionnante qui nous mène à travers plusieurs époques, plusieurs lieux, par l’intermédiaire de deux voix narratives.

Nous entrons dans le vif du sujet avec François qui, après l’enterrement de son père, Zohar Zohar, va découvrir qui celui-ci était réellement – il n’a en effet été que peu présent dans sa vie – grâce à Livia, prostituée italienne vivant désormais en France, également présente à son enterrement, et étant celle qui l’a recueilli à son arrivée catastrophe d’Egypte en 1952. 1952, année charnière pour l’Egypte, qui voit la destitution du roi Farouk et l’arrivée au pouvoir de Nasser. Période sombre de l’histoire du pays pendant laquelle les frères Musulmans prennent de plus en plus de place, pendant laquelle également d’anciens nazis ont rejoint l’armée, ce qui entraîne nombre pogroms contre les juifs, notamment dans le quartier juif du Caire dont fait partie Zohar. C’est à partir de cet exil traumatisant que la vie du jeune homme va prendre un tout autre tournant, et ce jusqu’à la fin de ses jours : le désir de vengeance sera en effet le plus fort…

Alternent ainsi, tout au long du roman, des épisodes du présent vécus et racontés par François, dans lesquels le fantôme du père est toujours au centre, et des épisodes du passé de Zohar transmis par Livia, garante de sa mémoire depuis son arrivée d’Egypte, d’abord pour l’Italie. Peu à peu, et de manière tout à fait pertinente, se forment sous nos yeux non seulement la vie du père, mais aussi celle de son pays de naissance, enfin celle de son pays d’accueil, la France, pays où le passé finira par refaire surface pour mieux aider Zohar à parvenir à ses fins.

L’histoire rejoint magistralement l’Histoire, et donne lieu à de grandes descriptions d’évènements clés, comme par exemple la nuit qui a mené à la destitution de Farouk, de ses préparatifs à sa mise en œuvre, en passant par ses conséquences directes. Le romanesque du récit n’en est pas pour autant laissé de côté, comme le montrent autant les portraits des principaux personnages, tout en profondeur, que le déroulement tout en contraste de l’intrigue, entre moments intenses, souvent dramatiques, voire violents, et passages plus « légers », permettant au lecteur de reprendre sa respiration au milieu de toute cette intensité parfois pesante.

J’avoue que j’ai eu du mal pendant le premier quart du roman, le temps que tous les éléments se mettent en place, et que je prenne toute la mesure, et du personnage de Zohar, et de l’Histoire dont il nous est présenté comme le témoin. Je n’arrivais pas à entrer pleinement dans le récit, me sentant comme exclue de celui-ci car trop à distance de son personnage principal, exactement comme son fils, François, qui, finalement, ne le connaît que bien peu au début. Ce qui était donc, au départ, pour moi, une lecture bien plate, est devenue au contraire, au fil des pages, remarquable, d’une grande qualité de plume comme d’intrigue.

Date de publication : 2020 ; Maison d’édition : Stock ; Nombre de pages : 432

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