Sublime royaume (Yaa Gyasi)

Jeune chercheuse à Stanford, Gifty fait plus précisément des recherches neurologiques sur le mécanisme de la récompense, afin de comprendre le phénomène plus global des addictions. Ce que l’on peut prendre au départ comme une simple passion pour ce domaine prend très vite une autre coloration lorsque l’on comprend, progressivement, que l’addiction est au cœur de son histoire familiale et que, d’une certaine façon, la jeune femme souhaite ainsi mieux comprendre sa famille. Alors qu’elle est sur le point de mettre un terme à sa dernière recherche en cours, elle doit rejoindre sa mère, en pleine crise dépressive, dans l’Alabama, pour la ramener avec elle en Californie, et s’en occuper jusqu’à ce qu’elle se sente mieux. Ce contact avec sa mère est l’occasion d’une réminiscence douloureuse de ses souvenirs, qui va mettre à jour ses propres failles.

Dans ce roman, les époques se succèdent dans de très brefs chapitres qui permettent de découvrir par à coup l’histoire de Gifty : du choix de sa mère de quitter le Ghana avec son fils, Nana, pour venir vivre aux Etats-Unis, à celui de la jeune femme d’étudier la neurologie, et ses conséquences, tout nous est expliqué dans le moindre détail. Par cette autopsie, non seulement de sa famille, mais aussi d’elle-même, nous est livrée l’histoire tragiquement banale d’une famille afro-américaine, qui doit vivre au quotidien avec le racisme ambiant, plus ou moins latent, qui plus est dans un Etat aux relents sudistes, et qui en connaît de fait la précarité inhérente. Histoire tragiquement banale, également, d’une Amérique noyée sous ses lobbies pharmaceutiques, situation entraînant en quelques années une crise majeure de la consommation des opioïdes, au cœur des recherches et des interrogations sur l’addiction entreprises par notre jeune chercheuse. Histoire tout aussi banale, finalement, d’une transfuge de classe en la personne de Gifty, ayant gravi les échelons de la recherche à la force du poignet, qui doit apprendre à vivre avec la tragédie de son passé pour se construire, voire se reconstruire, sans pour autant renier ses origines et ce même passé.

Sublime royaume est à mon sens un magnifique roman, d’une sincérité et d’un réalisme implacables – Gifty fait en effet preuve d’une précision chirurgicale quant à décrire ce qu’elle vit/a vécu ou ressent/a ressenti, dissèque tous les évènements, sentiments, sans filtre – . Les personnages, tout comme la narration, sont d’une grande richesse, sans pour autant se noyer dans la complexité : tout est en effet limpide sous la plume de Yaa Gyasi, même les considérations neurologiques parfois évoquées dans certains chapitres pour décrire les travaux de Gifty.

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2020 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Transcendent Kingdom ; Traduction : Anne Damour ; Maison d’édition : Calmann-Lévy ; Nombre de pages : 373

6 réflexions sur « Sublime royaume (Yaa Gyasi) »

    1. Merci à toi 😉
      Je ne regrette pas de l’avoir sélectionné sur NetGalley celui-ci. Il fait partie de mes lectures préférées de la rentrée littéraire pour l’instant.

      Aimé par 1 personne

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