Les pêcheurs (Chigozie Obioma)

Akure, village de l’Ouest du Nigeria, janvier 1996. Depuis que leur père a été muté par la banque centrale du Nigeria à des centaines de kilomètres de chez eux, au Nord du pays, et qu’il ne rentre pour cette raison que de temps en temps à la maison, Ikenna, Bojo, Obembe et Benjamin – le narrateur -, frères très soudés, prêts à faire les quatre cent coups, décident de se donner davantage de liberté en allant pêcher au bord du fleuve maudit, Omi-Ala, où il est interdit, pour tous, de se rendre. Dans le dos de leur mère, ils vont, pendant six semaines, se rendre au bord du fleuve, pêcher quelques poissons, parfois les vendre, ou encore les conserver dans leur chambre malgré l’odeur pestilentielle. Mais un jour, ils croisent sur le chemin du retour Abulu, homme gangréné depuis de nombreuses années par la folie en raison d’un grave accident, réputé pour ses prophéties de malheur qui se sont, bien souvent, réalisées : c’est Ikenna, l’aîné de la fratrie, qui sera, pour cette fois, concerné par la prophétie qu’il va proférer, au grand dam de ses frères…

J’ai fait les choses dans le désordre puisque j’ai d’abord découvert, en début d’année, le deuxième roman de l’auteur, La prière des oiseaux. Ayant été profondément marquée par celui-ci, j’ai donc, en toute logique, voulu découvrir celui qui lui précédait.

L’on retrouve, dans ce premier opus, un mélange entre deux cultures, totalement fusionnel, qui donne un ensemble narratif parfaitement maîtrisé pour un premier roman. Omniprésence de la culture africaine d’abord, dans les rites et croyances observées par la famille tout au long du récit, ainsi dans la description qui est faite des lieux, des époques, notamment des troubles qui se sont produits quelques années auparavant au Nigeria, pendant l’élection présidentielle, ou encore dans la succession des chapitres dans lesquels chacun des personnages – ou des émotions qui parcheminent le récit – devient autre, animal réel ou légendaire, entité réaliste ou surnaturelle. Omniprésence de la culture occidentale ensuite, par le tour tragique que prend ce même récit, à la manière des tragédies antiques grecques, lorsque le destin, implacable, a pris le pas sur tout le reste, et qu’il dirige d’une main de fer l’existence de ceux qu’il a choisis comme nouvelle proie.

Dans Les pêcheurs, le ciel, la poésie, le chant, se mêlent à la terre, à la boue, à la crasse et à la violence humaines, dont le fou Abulu sera, finalement, le plus parfait représentant, syncrétisme des deux univers dans sa capacité à connaître le destin de certains de ses congénères, comme une Cassandre qui lie avec majesté les cultures et les croyances, non plus dans une frontière marquée entre Occident et Afrique, mais dans un élan unitaire qui les fait parfaitement se rejoindre pour n’en faire qu’une.

Bien qu’il soit de facture plus classique que son successeur, j’ai préféré ce premier roman, que j’ai trouvé, étonnamment, plus maîtrisé quant à la narration. Le choix, bien plus original, de la forme du deuxième opus, y est, je pense, pour beaucoup. Je suis en tout cas ravie d’avoir pris le temps de le découvrir aussi.

Date de publication originale / Dans cette édition :2015 / 2015 ; Langue originale : Anglais (Nigeria) ; Titre original : The Fishermen ; Traduction : Serge Chauvin ; Maison d’édition : Editions de l’Olivier ; Nombre de pages : 324

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