Comédies françaises (Eric Reinhardt)

Dimitri, jeune journaliste à l’AFP après avoir travaillé pendant quelques années dans les relations institutionnelles et les affaires publiques – autrement dit le lobbying -, se lance dans une enquête au long cours, dont il voudrait bien faire un livre : cette enquête, c’est celle de la naissance d’Internet, que l’on aurait pu attribuer à Louis Pouzin, ingénieur français qui a justement inventé le système de transmission de données, le datagramme, dans les années 70, si le gouvernement français, sous Valéry Giscard d’Estaing, n’avait pas fait les mauvais choix. Ses recherches vont le mener à un homme puissant de cette époque, Ambroise Roux, PDG de la CGE (Compagnie Générale d’Electricité), qui serait responsable du sabordage des recherches de Louis Pouzin pour des histoires de gros sous. Et c’est à partir de là que Dimitri, jeune homme particulièrement obsessionnel – ses pérégrinations amoureuses nous le confirment tout au long du récit -, va se jeter corps et âme dans les investigations pour tenter de déconstruire le mythe Roux.

Gros maelström aux airs de capharnaüm que ce roman, à la fois histoire fictive de Dimitri, histoire réelle de ses investigations, que ce soit sur Internet, Louis Pouzin ou Ambroise Roux, histoire mi-réelle mi-fictive de sa passion pour Max Ernst suite au visionnage d’un documentaire à ses dix-huit ans, passion dont il veut faire un roman. Sous la plume de l’auteur, Dimitri est raconté dans ses moindres faits, gestes et pensées, décrit en train d’écrire également – nous avons même sous les yeux ses écrits en cours d’élaboration, ou en cours de réflexion dans son esprit -. Malgré l’impression de confusion, et de multiplications de récits hétérogènes, qui peut dérouter de prime abord, tout se tient finalement bien jusqu’au dénouement, qui nous montre un ensemble très cohérent, très riche, et très complexe, tenu par une plume travaillée et précise ; de même, l’incipit, en nous faisant commencer par le dénouement, qui va s’expliciter ensuite pour former une boucle bien bouclée, est intéressant et bienvenu, preuve ultime du travail fourni, et quant à la narration, et quant au style.

Malgré tout, je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir embarrassée à la fermeture de ce roman en ce qui concerne mon ressenti final. Certes, l’ensemble se tient, est particulièrement bien écrit – même si j’ai trouvé certains passages de description de l’histoire de Louis Pouzin ou d’Ambroise Roux longuets – mais je n’ai jamais réussi à trancher entre deux postulations totalement antagonistes. Soit l’auteur fait ici preuve d’une grande dérision vis-à-vis de son personnage, particulièrement antipathique, voire ridicule dans ses obsessions nombrilistes, d’auto-dérision vis-à-vis de son propre rôle d’auteur/narrateur, et j’adhère complètement à ces « comédies françaises » décrites avec beaucoup de cynisme. Soit tout est à prendre au premier degré, et j’ai assisté à une parfaite mise en abyme d’un journaliste de l’AFP qui se regarde écrire, tout comme l’auteur se regarde écrire l’histoire de ce journaliste, avec une grande pédanterie qui m’insupporte franchement. N’ayant jamais lu Eric Reinhardt auparavant, si certains lecteurs d’autres de ses romans passaient par là et pouvaient m’éclairer à ce sujet pour trancher, j’en serais ravie !

Je remercie les éditions Gallimard et Babelio de m’avoir permis de découvrir ce roman de la rentrée littéraire.

Date de publication : 2020 ; Maison d’édition : Gallimard ; Nombre de pages : 480

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