Balèze (Kiese Laymon)

Balèze est un formidable cri du cœur et du corps, qui ne peut laisser, dans tous les cas, son lecteur indifférent. D’abord destiné à sa mère, femme noire célibataire brillante qui doit faire son trou universitaire en travaillant d’arrache-pied, avec à la clé une simple bouchée de pain en comparaison de ses collègues masculins blancs, ce cri lui raconte – ainsi qu’à nous, par la même occasion -, de la fin de l’enfance à l’âge adulte, Kiese, dans toutes ses douleurs, dans tous ses doutes, dans toutes ses addictions, mais aussi dans toutes ses joies, dans tous ses espoirs, dans toutes ses réussites.

Et c’est ce Kiese, tout en nuances et en sensibilité, qui nous décrira avec précision les évènements fondateurs de son existence, via une plume d’abord assez hésitante, dont le propos a du mal à paraître clair et réfléchi – l’émotion prime souvent sur la raison -, mais prenant de l’aplomb crescendo, jusqu’à s’affirmer purement et simplement, à la manière de celui qui la tient. De son rapport compliqué à son propre corps, à l’amour, à sa mère – l’éducation qu’elle lui transmet est en elle-même extrêmement compliquée et déroutante -, ou du regard, souvent dépréciatif, qui est encore porté sur les noirs aux Etats-Unis, celui qui parvient, également avec difficulté, à devenir professeur d’université, ne laisse rien de côté et ne mâche pas ses mots, autant pour se raconter, que pour raconter l’Amérique telle qu’il la comprend et la ressent depuis son plus jeune âge. C’est magistral, c’est touchant, c’est une mise à nu sans fard d’une sincérité que l’on sent souvent douloureuse, et c’est pour cela, notamment, que ce récit ne peut laisser indifférent.

Je remercie les éditions Les Escales et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce récit, très appréciable, en avant-première, sa publication étant prévue pour aujourd’hui.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2018 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Heavy : An American Memoir ; Traduction : Philippe Aronson, Emmanuelle Aronson ; Maison d’édition : Les Escales ; Nombre de pages : 288

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