Les raisins de la colère (John Steinbeck)

Déjà plus que convaincue par Des souris et des hommes, puis par A l’Est d’Eden, j’ai cette fois été complètement subjuguée par Les raisins de la colère, à mon sens un monument de la littérature du XXème siècle – et c’est un terme que je n’utilise qu’avec parcimonie -.

J’y ai retrouvé tout ce que j’apprécie chez Steinbeck : récit parfaitement construit, qui se lit avec une fluidité exceptionnelle ; peinture de personnages, ou de lieux dans lesquels ils évoluent, d’une justesse et d’un réalisme remarquables, sans fioritures, mais sans pour autant dénués parfois d’une poésie contemplative qui les sublime l’espace d’un instant ; peinture qui sert avant tout ici à décrire sans complaisance une Amérique qui entre dans une nouvelle ère, celle de la Grande Dépression, aux conséquences tragiques pour nombre de ses protagonistes.

Mais c’est un petit quelque chose en plus qui a fait que j’ai trouvé ce roman encore plus abouti que ceux lus précédemment – même si ce n’est pas le plus récent des trois – : à travers l’histoire de la famille Joad, expropriée de sa ferme en Oklahoma en raison de la mécanisation galopante de l’agriculture, qui décide en conséquence de migrer en Californie pour trouver un travail, est racontée l’histoire de tout un pan de la population américaine qui va, comme elle, faire ce choix à ses risques et périls. Deux histoires en une donc, qui alternent d’un chapitre à l’autre au fil du récit. Une histoire d’abord au plus proche d’une famille, histoire aux accents éminemment réalistes, qui fait prendre conscience au lecteur de l’horreur de la situation, des espoirs et désillusions qu’elle engendre en un rien de temps, et qui lui propose des personnages denses, d’une terrible humanité, et en cela forcément touchants. Ensuite une histoire de l’Histoire américaine, aux accents bien davantage épiques, qui montrent, en de courts chapitres puissamment écrits, à quel point la famille Joad n’en est qu’une parmi d’autres, leur migration personnelle devenant symbole d’une fuite universelle vers la promesse d’un Eldorado agricole californien, qui n’en a malheureusement que le nom.

Je suis sortie de ma lecture complètement sonnée par la force avec laquelle le romancier parvenait, à travers un récit finalement banal dans le fond, à faire ressentir et comprendre ce qu’ont ressenti ces fermiers au moment de leur expropriation, jusqu’à leur arrivée en Californie, des nombreux aléas subis sur la route jusqu’à la perte de leurs dernières illusions permettant de faire germer les raisins de la colère qui expliqueront son dénouement. Du grand art, indéniablement !

Date de publication originale / Dans cette édition : 1939 / 1972 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : The Grapes of Wrath ; Traduction : Marcel Duhamel, Maurice-Edgar Coindreau ; Maison d’édition : Gallimard (Folio) ; Nombre de pages : 640

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