Running Man (Stephen King alias Richard Bachman)

J’ai toujours trouvé que lorsque Stephen King écrivait sous le pseudonyme de Richard Bachman, sa plume se faisait encore davantage acérée et cynique. Et Running Man ne déroge pas à la règle, puisqu’il nous décrit un début de XXIème siècle américain empreint de misère et de violence, dans lequel c’est le Réseau qui détient le monopole de tout – argent, culture, pensée… -, et dans lequel la télévision, sous le nom bien ironique de libertel, gouverne les foyers et tient sous sa coupe une population obnubilée par les jeux qui y sont diffusés. Jeux télévisés qui, d’une certaine façon, ressemblent à ceux que nous connaissons – les années 80, moment d’écriture, ayant été leur apogée -, puisque l’on y va pour gagner de l’argent, même si l’un de ceux-ci, le plus regardé, « La traque », mène à la mort ceux qui y participent contre ce même argent. En effet, le candidat choisi, après de nombreuses sélections, pour y participer, doit survivre pendant 30 jours aux assauts des Chasseurs, une équipe sans foi ni loi qui va le traquer dans tous les Etats-Unis.

Running Man raconte justement la traque d’un de ces participants, Ben Richards, qui a décidé de candidater pour pouvoir acheter des médicaments, devenus hors de prix, qui soigneront sa fille de 18 mois, atteinte d’une grippe qui dégénère en pneumonie. A partir d’un compte à rebours, qui débute à 100, nous suivons par l’intermédiaire de très brefs chapitres Ben, de sa prise de décision de participer, à sa traversée des Etats-Unis afin d’échapper aux Chasseurs. A travers le regard de Ben, nous découvrons une Amérique exsangue, à l’économie totalement morte, cernée par une pollution tout aussi mortelle dont personne ou presque n’a conscience – merci les jeux télévisés qui détournent parfaitement l’attention -, et dans laquelle règne un climat détestable : ainsi, pour gagner une prime, il est, par exemple, demandé de signaler la présence de Ben lorsqu’on le croise, histoire de faciliter la tâche des Chasseurs… Roman éminemment politique en somme, qui rend en certains points hommage à 1984 d’ailleurs, et qui renvoie bien davantage à la patte Richard Bachman de notre auteur.

Mais Running Man reste, malgré tout, un roman de Stephen King, chez qui règne, selon les opus, horreur ou suspense. Ici, bien sûr, c’est le suspense qui est omniprésent, la traque de Ben étant racontée tambour battant, sans aucun temps mort, ce qui rend parfaitement compte du ressenti du candidat au fil de ses rencontres plus ou moins heureuses. L’on découvre un homme qui, livré à lui-même, fait preuve d’une grande ingéniosité pour survivre, et qui, profondément indigné par la société dans laquelle il doit, depuis des années, justement survivre, va faire de cette traque une remarquable croisade contre le Réseau et la société des Jeux, au grand dam des premiers concernés qui ne s’attendaient pas à engendrer une telle bombe à retardement. Cynisme ultime, cette traque, en devenant croisade, et du fait de la combativité de son candidat, remporte des succès d’audience jamais égalés…

Un très bon roman en somme, même si j’ai trouvé la fin, comme souvent chez cet auteur, un brin poussive, car tout se goupille vraiment trop parfaitement pour en arriver au dénouement. Il n’en reste pas moins qu’il fait désormais partie de ceux que j’ai préférés, à côté de Salem, de Ça, de Bazaar, ou du Fléau, bien que dans un autre registre.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1987 / 2005 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : ; Traduction : Frank Straschitz ; Maison d’édition : Le Livre de Poche ; Nombre de pages : 320

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