Les incasables (Rachid Zerrouki)

Les incasables, ce sont les élèves qui se retrouvent, car dans l’incapacité, en raison de difficultés scolaires trop importantes, de suivre les cours du reste de la population d’un collège, dans les classes SEGPA. Ces incasables, bien souvent abîmés par la vie, et sur lesquels le rouleau compresseur de l’Education Nationale peut facilement rajouter une couche, Rachid Zerrouki a été leur enseignant de 2016 à 2019 à Marseille.

Il témoigne dans ce récit de son expérience ô combien éprouvante face à un petit groupe d’élèves qu’il va suivre au fil des ans, alors qu’il débute sa carrière de professeur des écoles, et ce jusqu’à sa mutation. Parce qu’enseigner, peu importe la classe que l’on a devant soi, cela s’apprend ; cela impose de se questionner sans cesse, de questionner ses pratiques au quotidien et de se demander pourquoi ce qui fonctionne dans une classe ne fonctionne pas dans une autre, de se demander pourquoi, dans telle séance, un tel n’a pas compris, un autre a décroché, etc. Gymnastique qui demande du temps et de l’énergie. Et enseigner en SEGPA, c’est faire les choses encore autrement, s’imposer une gymnastique encore plus périlleuse : c’est prendre en compte et l’âge des élèves face à soi, des adolescents, et leurs capacités scolaires, plutôt du niveau d’un élève de primaire, pour parvenir à les intéresser ; c’est aussi essayer de leur redonner confiance en un système auquel ils ne croient plus depuis bien longtemps, considérés comme ils le sont par les autres, élèves ou parfois personnels, comme les débiles du collège dans lequel ils se trouvent, et pensant de fait qu’ils n’ont aucun avenir ; en somme, plus encore, c’est leur redonner confiance en eux, et en leurs capacités, bien plus importantes qu’ils ne le pensent bien souvent.

Expérience certes éprouvante que l’auteur va nous raconter de la manière la plus sincère possible, en évoquant tout autant ses doutes, ses pertes de sang-froid qu’il a ensuite regrettés, ses indignations face à la situation de certains de ses élèves, que ses réussites, les leurs également, ou encore ces moments de grâce où, en tant qu’enseignant, l’on se sent vraiment utile, même si ce n’est que pour quelques instants. Expérience qui a été, plus encore, humainement enrichissante pour lui, et c’est ce que le récit nous fait d’ailleurs rapidement sentir, puisque l’auteur laisse finalement la parole, à travers son expérience personnelle, à ces incasables auxquels il va s’attacher, et réciproquement. Son témoignage devient le leur, mettant ainsi avec beaucoup d’émotion en lumière des adolescents trop souvent laissés pour compte dans notre société, parce qu’ils ne font pas partie de ce qui est considéré comme le « bon » wagon, vous savez, celui des premiers de cordée…

Je remercie les éditions Robert Laffont et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce témoignage passionnant, que j’ai lu d’une traite ou presque courant septembre, mais pour lequel j’ai eu besoin de temps avant de rédiger mon avis. J’ai été en effet très touchée par ce récit, m’y reconnaissant notamment quant à ma manière de concevoir l’enseignement.

Date de publication : 2020 ; Maison d’édition : Robert Laffont ; Nombre de pages : 270

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