De sang et d’encre (Rachel Kadish)

XXIème siècle. Helen Watt, historienne anglaise spécialisée dans l’histoire juive proche de la retraite, est appelée par un de ses anciens élèves qui a découvert des documents dans la cache d’une maison de campagne à proximité de Londres. Il lui propose de venir jeter un œil à ces documents pour savoir s’ils peuvent avoir un quelconque intérêt historique. Ces documents, surtout des lettres datant du XVIIème siècle, écrites en hébreu, en anglais et en portugais par le scribe d’un rabbin devenu aveugle à cause de l’Inquisition, retiennent très vite l’attention d’Helen, accompagnée dans ses recherches par Aaron, doctorant américain qui fait une thèse à Londres sur l’histoire de Shakespeare, et ce afin de l’aider à les traduire. Leur lecture progressive des documents, semée d’embûches universitaires variées, les mènera à des découvertes inattendues, notamment sur l’identité du scribe, et plus encore à la résolution d’une énigme vieille de plus de trois siècles…

Roman historique brillamment mené, De sang et d’encre mêle avec beaucoup de fluidité deux époques, celle de nos deux historiens qui s’efforcent de comprendre l’histoire qui se joue sous leurs yeux via les documents découverts, mais aussi celle de nos documents, qui nous entraîne dans le Londres des années 1660, avec la peste en toile de fond, ainsi que les questionnements philosophiques d’un scribe quant à la présence de Dieu sur Terre, questionnements qui vont progressivement supplanter son rôle de secrétariat dévolu au rabbin. Ainsi l’on découvre progressivement les deux époques, et les personnages qui en sont les protagonistes : que ce soit Helen, Aaron, ou Esther – l’on découvrira en effet rapidement que le scribe est en fait une femme, hérésie à l’époque, qui plus est dans la communauté juive -, chacun, lorsqu’il devient central dans un des chapitres, nous est présenté dans les moindres détails, de même que son époque dans le cas d’Esther, l’auteure étant allée jusqu’à donner un style littéraire plus proche de celui du XVIIème aux écrits de la jeune femme pour parfaire le voyage dans le temps. Le passé de chacun, qui permet de comprendre son présent, nous est décrit tout aussi précisément que le reste, ajoutant ainsi à la narration de nouvelles strates temporelles qui donnent l’impression que l’Histoire, universelle comme personnelle, n’est qu’un ensemble indivisible, l’une ayant besoin de l’autre pour exister pleinement, ce qui n’a pas été sans me déplaire, puisque c’est ce qui donne corps et intérêt au roman.

A travers ces deux époques sont mises en jeu diverses thématiques qui vont finir de lier l’histoire de nos trois personnages, ne rendant que la narration encore plus passionnante : la place de la Femme et de l’amour dans la société d’abord, et ses rôles dévolus à celle-ci par le patriarcat, peu importe les époques – aucune femme du roman n’entrera justement dans ces rôles, et c’est bienvenu – ; la place de la religion, de Dieu, et de la philosophie, dans cette même société ensuite, l’évolution de cette place et les questionnements qu’elle incombe, surtout pour Esther.

Malgré la longueur du roman, je l’ai lu, pour toutes les raisons évoquées précédemment, particulièrement rapidement : Rachel Kadish maîtrise en effet à la perfection sa narration et ses personnages ; je n’ai donc eu qu’une envie, découvrir le fin mot de ces histoires imbriquées.

Je remercie les éditions du Cherche-Midi et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman, très riche et intéressant, même s’il n’est pas pour autant un coup de cœur.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2017 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : The Weight of Ink ; Traduction : Claude Demanuelli, Jean Demanuelli ; Maison d’édition : Le Cherche-Midi ; Nombre de pages : 572

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