Julip / La femme aux lucioles / L’été où il faillit mourir (Jim Harrison)

Moi qui n’avais encore jamais eu l’occasion de mettre mon nez dans la prose de Jim Harrison, j’ai été servie par ce recueil de recueils de novellas. Je ne m’attendais en effet pas à une somme si importante, ne connaissant quasi rien de cet auteur américain, exceptés son nom et ses célèbres Légendes d’automne, mais sans les avoir lues. Pour moi, chaque titre renvoyait à un seul texte, pas à un triptyque de trois novellas chacun ; alors mon sang n’a fait qu’un tour lorsque le nombre fatidique de plus de neuf-cent pages à lire est apparu sur ma liseuse – ce n’est pas le nombre de pages qui m’a posé problème, mais plutôt le fait que ce nombre concernait des novellas, desquelles je ne suis pas la plus grande férue -.

Et finalement, cette lecture a été un régal tel que je n’en avais pas connu depuis longtemps, en termes de récits brefs calibrés nouvelles ou novellas. Peu importe le personnage duquel Jim Harrison se décide à tirer le portrait : des marginaux, dont Chien Brun, antihéros d’une novella de chaque recueil, est le plus parfait symbole, aux épouses quinquagénaires vivant dans l’opulence qui finissent par dérailler, en passant par l’auteur lui-même, chaque portrait est brossé à la perfection, en une centaine de pages qui disent, ou encore laissent tout comprendre de chacun d’entre eux. Désirs, regrets, non-dits, angoisses…, tout est rugueusement disséqué, mis à nu dans son naturel souvent le plus sombre, mais aussi parfois le plus lumineux – encore une fois, Chien-Brun est un bon exemple de ce paradoxe constant, qui le rend à de nombreuses reprises, en quelques pages, tout aussi sympathique qu’antipathique -.

Dissections psychologiques d’une précision chirurgicale qui, à terme, nous mènent à la dissection plus globale, en constante évolution au fil des recueils, de la société américaine dans toutes ses strates, géographiques – l’on vadrouille en effet dans un sacré paquet d’états, avec accès à quelques sublimes autres portraits, cette fois paysagers -, sociales, culturelles, ou encore historiques. Par le choix de raconter certains de ses hommes et de ses femmes, dans toute leur diversité, et finalement dans toute leur humanité, c’est l’Amérique qui nous est racontée, celle des marges, celle des hautes sphères, celle des middle-class aussi, à travers un regard aiguisé, parfois acéré, dans tous les cas d’une grande acuité, que j’ai franchement apprécié.

Je remercie les éditions 10/18 et NetGalley de m’avoir permis de découvrir Jim Harrison, qui fait désormais déjà partie de mes incontournables de la littérature américaine. Je vais m’atteler à la lecture du reste de son œuvre, ô combien colossale, pour me faire une idée des autres pans de celles-ci, romanesques, poétiques, ou encore réflexives.

Date de publication originale / Dans cette édition : de 1990 à 2005 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Julip / The Woman Lit by Fire Flies / The Summer He Didn’t Die ; Traduction : Brice Matthieussent ; Maison d’édition : 10/18 ; Nombre de pages : 941

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