Zébu Boy (Aurélie Champagne)

Ambila, alias Zébu Boy, est revenu depuis peu de la guerre 39-45, fait prisonnier pendant des mois, cabossé par cette guerre comme nombre de ses frères de combat « indigènes » qui ont survécu, désabusé par la façon dont l’on s’est servi de lui sans que cela ne mène à aucune reconnaissance, aussi bien morale que financière, de la part de l’Etat français. Car en effet, Ambila est malgache, et après s’être battu pour la France, en raison du statut de colonie française de l’île de Madagascar, il se bat finalement contre elle lorsqu’en mars 1947, l’île entre en insurrection contre son colonisateur pour le retour de son indépendance.

Au fil du récit, nous suivons donc Ambila au centre de cette insurrection : ses prémices qui se font sentir dans l’atmosphère de plus en plus lourde de l’île ; son déroulement, décrit dans toute sa violence et sa vivacité ; sa chute, qui mène à l’horreur du fait d’une répression française au-delà de toute humanité. Mais plus que l’histoire d’une insurrection, c’est aussi l’histoire de Zébu Boy, et par la même occasion de Madagascar, qui nous est dévoilée par bribes, histoire contrastant franchement, dans la manière dont elle est racontée, avec le reste, en ce qu’elle est tout en évanescence, en nuances, en mysticisme, parfois même en poésie, nous rendant de plus en plus attachant un personnage, pourtant d’un redoutable cynisme et d’une incroyable roublardise dans les premières pages ; par l’évocation de son passé, l’on comprend de fait, bien mieux, son présent, et ses actions, qu’on les juge morales ou pas. Et c’est ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman : le décalage qui se crée finalement entre la violence causée par la présence française sur l’île, et la douceur, la beauté, de la vie malgache, dans sa culture ou ses croyances qui nous sont montrées elles aussi par bribes, hors cette présence forcée qui l’étouffe progressivement, jusqu’à l’insurrection finale.

Zébu Boy est donc un roman que j’ai franchement apprécié, notamment parce qu’il met au jour un nouvel épisode, trop peu connu, des méfaits de la colonisation française, ici à Madagascar, et parce qu’il le met au jour avec beaucoup de maîtrise, narrative comme descriptive, pour un premier roman.

Date de publication : 2019 ; Maison d’édition : Monsieur Toussaint Louverture ; Nombre de pages : 256

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