La femme intérieure (Helen Phillips)

Quelle étrangeté que ce roman, mais d’une étrangeté bienvenue, qui m’a embarquée avec elle sans coup férir, après quelques chapitres, d’ailleurs encore plus percutants et représentatifs de la tension véhiculée par leur brièveté.

Pour une fois, l’étrangeté qui m’a interpelée n’est pas stylistique, mais plutôt narrative : en effet, quant au style, il est somme toute classique, assez policé, et si rien n’avait été particulier quant à l’intrigue, je pense que j’aurai déjà oublié ma lecture. Car, en effet, l’intrigue est, au contraire, plus difficile à oublier : nous rencontrons dès les premières lignes Molly, trentenaire qui a deux enfants, l’une de 4 ans, l’autre de 2 ans environ, et qui doit gérer pendant plusieurs semaines l’absence de son mari, parti en tournée avec son groupe. Au départ, nous sommes purement et simplement embarqués dans son quotidien de mère seule, qui doit jongler entre travail et enfants, secondée par une baby-sitter, Erika, pour s’occuper du petit dernier qui ne va pas encore à l’école, et jongler par la même occasion entre les émotions contradictoires qui la malmènent alors qu’elle s’occupe de ses enfants. Quotidien somme toute banal de tout parent avec des enfants en bas âge, qui insiste ici avec beaucoup de justesse sur la charge mentale dévolue souvent à la mère, qui entraîne épuisement, et parfois questionnement plus général sur la condition féminine et le regret après coup du choix de la maternité.

Et au fil des pages, une part de mystère nous imprègne, part qui nous est progressivement dévoilée – pour une fois je suis contente de ne pas avoir lu la quatrième avant, elle en dit beaucoup trop -, part qui a un lien avec les fouilles effectuées par Molly, qui est paléobotaniste, dans le sol d’une station-service dans lequel a été retrouvée une Bible tout sauf banale. Cette part de mystère devient telle que l’on entre en plein fantastique, dans sa plus pure tradition – et cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman contemporain qui joue aussi magistralement avec le fantastique -, et que l’on oscillera, jusqu’au bout, entre un dénouement surnaturel, dans lequel l’Altérité de Molly est une vérité tangible et visible, ou un dénouement totalement rationnel, dans lequel Molly s’est laissé mentalement submerger par sa situation affective tendue ; dans tous les cas un dénouement totalement inattendu à la lecture des premières pages.

Lu quasi d’une traite, La femme intérieure est un roman que j’ai donc particulièrement apprécié, d’une grande maîtrise narrative, et qui aurait pu même être un coup de cœur si j’avais trouvé le style moins attendu.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2019 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : The Need ; Traduction : Claro ; Maison d’édition : Le Cherche Midi ; Nombre de pages : 416

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