La discrétion (Faïza Guène)

La discrétion, c’est celle de Yamina, née en 1949 en Algérie à l’époque de la France coloniale, ayant vécu l’exil au Maroc durant la guerre, arrivée en France en 1981 après avoir épousé Brahim, un ouvrier qui y travaille depuis plusieurs années – parce qu’il fallait bien se marier à plus de trente ans, même si finalement le mariage de raison deviendra mariage d’amour – , installée plus particulièrement à Aubervilliers, où elle donnera naissance à quatre enfants, Malika, Hannah, Imane et Omar.

Elle est en effet discrète, Yamina, elle qui a connu les exils, la violence, la faim ; elle vit le racisme structurel subi encore plus fortement dans les quartiers populaires comme une forme d’habitude ; elle ne hausse jamais le ton face aux remarques ou aux regards désobligeants ; elle fait partie de la première génération qui vit en France, qui n’y est pas née, et qui se sent donc comme redevable d’avoir le droit d’y vivre, même dans des conditions indignes. Et puis il y a ses enfants, la deuxième génération, celle qui est née en France, celle qui n’en peut plus d’être discrète, et de voir leur mère rester discrète – surtout Hannah, la plus révoltée des quatre – ; celle qui a du mal, malgré des diplômes, à trouver du travail, plus encore en raison des consonances patronymiques maghrébines présentes sur les CV, et qui se doit de supporter le pire pour pouvoir le garder ; celle qui cherche à trouver sa place dans une société qui ne l’accepte pas telle qu’elle est, et qui lui fait bien comprendre par des non-dits omniprésents dans toutes ses strates.

Au fil des chapitres, brefs et à la spatio-temporalité précisément ancrée (date et lieu sont indiqués à chaque début), qui alternent entre le passé de Yamina et son présent, ainsi qu’avec le présent de ses enfants, nous découvrons donc la vie d’une famille franco-algérienne, ce qui l’a forgée, ce qui la lie, ce qui lui permet de s’affirmer en tant que telle, plus ou moins difficilement. Ces chapitres alternent également entre deux tons : parfois dramatique, mettant au jour des scènes dures, caractéristiques du racisme et des discriminations vécus au quotidien, et ce depuis l’Algérie colonisée de Yamina ; parfois comique, dédramatisant les scènes les plus dures, et insistant sur la capacité de résistance des enfants aux difficultés.

Et finalement, moi qui ne savais pas trop à quoi m’attendre à l’ouverture de ce roman, que j’ai lu d’une traite un après-midi, j’en suis sortie ravie. J’ai trouvé le style parfois empreint d’une délicatesse touchante, à l’image de Yamina, parfois beaucoup plus incisif, à l’image cette fois de ses enfants, mais dans tous les cas d’une sobriété bienvenue : j’y ai donc complètement adhéré. Et puis j’ai été sacrément touchée par l’histoire de cette famille, avec laquelle Faïza Guène partage plus qu’un simple lien fictionnel : l’on sent le vécu et l’hommage familial derrière le roman, et ce qu’il est beau, cet hommage !

Date de publication : 2020 ; Maison d’édition : Plon ; Nombre de pages : 256

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