Perfidia (James Ellroy)

Perfidia nous conte par le menu une dizaine de jours de décembre 1941 à Los Angeles. Qui dit décembre, dit Pearl Harbor : et justement, le roman nous mène à la suite de cet évènement, nous décrivant d’abord extrêmement précisément les conséquences de l’attaque sur la Cité des Anges (couvre-feu, black-out à partir d’une certaine heure, population en ébullition, recrutements, explosion du racisme anti-nippon…), tout en nous mettant face à la découverte d’une famille japonaise retrouvée morte, la veille, dans des conditions mystérieuses.

Lorsque l’on débute ce deuxième quatuor de Los Angeles, et que l’on a lu, comme moi, en partie, le premier quatuor, ainsi que d’autres œuvres de James Ellroy, l’on n’est pas du tout dépaysé. En effet, la profusion des personnages, nombreux à être connus du lecteur s’il a en tête la série romanesque qui précède, nous arrive en pleine figure dès les premières pages, pour mieux ensuite se stabiliser et ne laisser, finalement, la parole, qu’à quatre d’entre eux, par l’intermédiaire d’alternances narratives : Dudley Smith, flic de la LAPD aux mœurs douteuses, à qui l’enquête est confiée ; Kay Lake, concubine au passé trouble d’un autre flic, Lee Blanchard, qui va être mêlée à une enquête qui, elle, traque les communistes dans les milieux bourgeois ; enquêtes dont le responsable est le capitaine Parker, flic ambitieux, prêt à tout pour gravir les échelons de la police de la ville, en proie au démon de l’alcoolisme ; Hideo Ashida, jeune criminologue qui commence à se faire une belle réputation au sein de la police grâce à ses nombreuses qualités d’enquêteur, et qui va, de son propre chef, mener sa propre enquête pour connaître le fin mot de l’histoire.

A travers eux nous est racontée, par l’intermédiaire d’une ambiance noire, troublante, tortueuse, parfois étouffante, entre précision historique et ressorts types du polar, comment Los Angeles, bercée par la corruption au sein de sa police, et par le désir de trouver un parfait bouc émissaire pour faire de ces morts nippones un symbole, quitte à travestir la réalité, s’enfonce avec ses habitants dans la guerre, même si par procuration malgré la « proximité » du lieu de l’attaque du 7 décembre. Elle devient ainsi, au même titre que sa population, une entité monstrueuse, à la fois répugnante et fascinante – le regard d’Hideo sur ce qui s’y passe est assez caractéristique justement -, capable des pires méfaits contre l’ennemi intérieur, les japonais qui y vivent, même lorsque cet ennemi n’en a que le nom, méfaits ayant lieu au nom d’un patriotisme poussé dans ses retranchements les plus tordus tout au long du récit.

Roman qui aurait donc eu, normalement, tout pour me plaire, autant quant à son intrigue que quant à sa narration… mais finalement, je suis restée sur ma faim : j’ai bien lu un Ellroy, certes, or je commence à m’en lasser, indéniablement. Les récits se suivent, et se ressemblent, malheureusement, un peu trop – mais je ne dénie pas leurs grandes qualités pour autant -. Peut-être continuerai-je ce deuxième quatuor, mais pas dans l’immédiat…

Date de publication originale / Dans cette édition : 2014 / 2016 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Perfidia ; Traduction : Jean-Paul Gratias ; Maison d’édition : Rivages ; Nombre de pages : 928

3 réflexions sur « Perfidia (James Ellroy) »

    1. Si vous n’avez jamais lu Ellroy auparavant, je vous conseille de commencer par le premier quatuor de Los Angeles, il est plus simple de s’y retrouver quant aux personnages présents dans les deux séries. Bonnes fêtes à vous aussi !

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