La tache (Philip Roth)

Si je m’étais attendue à être complètement embarquée par un roman dans lequel il ne ne se passe finalement pas grand chose… Parce que oui, La Tache dissèque surtout la vie de Coleman Silk et de son entourage, via une traversée anarchique de leurs flux de conscience, vie qui est, contre toute attente, racontée non pas par le premier intéressé, mais par Nathan Zuckerman, le véritable narrateur de l’histoire. C’est parce qu’un jour Coleman, alors renié par l’université d’Athena, dans laquelle il a été doyen avant d’en redevenir par choix simple professeur, et ce suite à un incident dont l’on comprend la subtile ironie progressivement, vient à la rencontre de Nathan, écrivain de son état, pour qu’il raconte l’histoire de cet incident qui l’a poussé à démissionner et qui a, selon lui, causé la mort de sa femme, Iris. Et c’est suite à cette demande que les deux hommes vont commencer à se côtoyer, à l’été 1998, alors qu’à la Maison Blanche, c’est l’affaire Lewinsky, et que Coleman, âgé d’un peu plus de soixante-dix ans, débute une liaison avec Faunia, une des femmes de ménage de l’université, qui a moitié moins son âge.

Dissection de la vie, et plus encore des pensées et des réflexions, de Coleman, ainsi que de Faunia, de Les, l’ex-mari de celle-ci, ou encore de Delphine, jeune directrice du département de lettres de l’université embauchée à l’époque où il était encore doyen, l’on remonte le temps et l’histoire de chacun par alternance, jusqu’à ses secrets les plus enfouis, qui auront une incidence sur le récit. Au fil des découvertes, et pour le lecteur, et pour le narrateur, l’on prend conscience que Nathan, le témoin de l’histoire de Coleman, n’est pas simple garant de la vérité qu’il outrepasse parfois pour laisser place à ses supputations, symbolisées magistralement par la multiplicité des flux de conscience présents dans le roman : et si, finalement, Coleman et les autres n’étaient que de simples personnages modelés à son envie , plus qu’un désir de raconter l’histoire de son « ami » ?

A partir d’une approche d’une grande densité, à la fois psychologique et sociale, de divers traumas américains (racisme, conséquences de la guerre du Vietnam sur les revenants, violences faites aux femmes et aux enfants, sexualité et tabou puritain qui l’entoure…), en pleine affaire scandaleuse au plus haut sommet de l’état, c’est également le processus de création littéraire lui-même qui est disséqué, mis au jour avec une grande habileté par Philip Roth, pour mieux insister sur le caractère fluctuant, trouble, souvent artificiel, d’une identité, quelle qu’elle soit.

Je termine donc l’année avec une superbe découverte d’un nouvel auteur américain, et je regrette, encore une fois, de ne pas m’être plongée plus tôt dans un des romans de Philip Roth. L’année 2020 aura été riche en découvertes outre-atlantique de grande qualité, à défaut d’avoir été une année agréable quant à beaucoup d’autres points !

Date de publication originale/Dans cette édition : 2000/2004 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : The Human Stain ; Traduction : Josée Kamoun ; Maison d’édition : Folio ; Nombre de pages : 479

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