Les Feux de l’automne (Irène Némirovsky)

Roman de facture plutôt classique, qui aurait pu n’être qu’un énième roman réaliste dépeignant précisément les évènements français entre les première et seconde guerre mondiales, sans y apporter un souffle romanesque original, Les Feux de l’automne est, contre toute attente, une superbe fresque qui décrit, par l’intermédiaire de son protagoniste central, Bernard Jacquelain, archétype de la jeunesse sacrifiée pendant 1914-1918 qui décidera de brûler la chandelle par les deux bouts à son retour, et ce jusqu’à la conséquence fâcheuse d’une nouvelle guerre en 1939, toute une époque, celle de l’entre-deux-guerres, bercée d’optimisme pour un avenir radieux qui ne sera finalement qu’illusion.

A ses côtés, bien d’autres personnages, comme Thérèse Brun, jeune veuve de guerre ayant perdu son premier époux pendant la première guerre mondiale et qui épousera Bernard dans les années 1920, pour le meilleur comme pour le pire ; ses parents, les Jacquelain, petits bourgeois chez qui rien ne dépasse, et que Bernard ne supportera plus à son retour de la guerre ; Raymond Détang, connaissance d’avant-guerre qui s’enrichira sur le dos des conflits et qui mènera Bernard sur le chemin des plaisirs fugaces et de l’argent facile que recherche le jeune homme…, eux -mêmes des archétypes qui viennent renforcer, par la qualité et la finesse psychologiques avec laquelle Irène Némirovsky les caractérise, tout ce que Bernard apporte déjà à la compréhension beaucoup plus sombre, et pourtant beaucoup plus juste – le fait que l’auteure elle-même l’ait vécue apporte forcément beaucoup – d’une époque souvent considérée de manière plus noble et positive.

Encerclant cette peinture d’une grande acuité de l’entre-deux guerres, les deux conflits sont bien sûr présents, décrits dans leur violence, dans leurs conséquences désastreuses sur les civils autant que sur les soldats, par l’intermédiaire de descriptions éminemment visuelles et frappantes, qui s’intéressent également à l’individu, à son mal-être, à la façon dont la guerre le forge pour les plus jeunes, ou le transforme pour les moins jeunes, là encore par l’intermédiaire d’une très grande finesse psychologique.

Cette première incursion dans l’œuvre de Némirovsky grâce à ce roman ne sera en somme pas la dernière : histoire individuelle et Histoire se mêlent à merveille pour mieux mettre en évidence les mouvements de l’âme humaine face aux contradictions et violences que l’Homme engendre justement dans le monde qui l’entoure. C’est écrit avec justesse, cela m’a donc convaincue.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1948 / 2014 ; Maison d’édition : Albin Michel ; Nombre de pages : 270

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