Des chrysanthèmes jaunes (Rafael Reig)

L’année 1975 en est à son crépuscule, comme Franco, qui va mourir dans quelques jours, alors même que Paco Ponzano, camarade de chambre à l’orphelinat SaFa (Sagrada Familia) de Pedro Ochoa, narrateur de ce roman, vient lui-même de succomber d’une maladie. Alors âgé de 12 ans, Pedrito est présent dans cet orphelinat de Bilbao depuis ses cinq ans, avec quelques bribes de souvenirs de ses parents : sont-ils communistes, et donc emprisonnés par le régime en raison de leurs idées, comme il le croit ? Ou pire, ont-ils été exécutés ? Une fois sa condition orpheline acceptée comme telle, la vie de l’adolescent se cantonnera au respect – et au contournement dès que possible – des règles imposées par les sœurs de l’orphelinat, aux discussions avec ses camarades, aux rêveries, plus sexuelles qu’amoureuses… jusqu’à ce qu’un évènement vienne perturber cet état de fait devenu routine pas toujours désagréable.

Plus qu’à partir des souvenirs de son passé, trop confus, c’est à partir de ce présent, intensément adolescent, que notre protagoniste choisit de débuter son récit ; enfin, de ce présent qui n’en est finalement pas un, puisque nous avancerons le temps avec lui jusqu’au véritable présent de l’intrigue, c’est-à-dire de nos jours. Entretemps seront esquissés un portrait vivant et sans complaisance de lui-même, bien sûr, mais aussi de son entourage – famille, camarades d’orphelinat… -, et plus encore des mutations brutales qui ont secoué l’Espagne après la mort del Caudillo, dans un seul mouvement de libération qui a donné lieu à La Movida, et ce jusqu’aux révélations finales qui nous permettront de prendre conscience que Pedro n’est, au bout du compte, pas vraiment celui que l’on croit.

Ainsi, par cette image changeante que nous donne Pedro de lui-même – et qui ne sera pleinement perceptible qu’à la fin du roman – l’on découvre progressivement, et avec intérêt, deux mondes en un : celui de l’orphelinat, fortement lié à celui de Franco, où l’enfermement, la privation, le refoulement des sentiments et émotions règnent en maître, et ont une incidence sur des adultes en devenir ; celui post-orphelinat et post-Franco, libéré de tout ce qui l’avait oppressé pendant des années du fait de la dictature, et qui donnera lieu, forcément, à d’autres types d’excès. Deux mondes en un comme images évolutives, parfaitement symboliques, du narrateur et de l’Espagne dans laquelle il évolue, images qui feront, tout du long, osciller le roman entre récit d’apprentissage et récit historique, de manière certes bienvenue, mais cependant parfois confuse – les temporalités se brouillent en effet un peu trop pour que l’on puisse pleinement profiter du récit qui se déroule sous nos yeux -.

Je remercie les éditions Métailié et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2018 / 2021 ; Langue originale : Espagnol (Espagne) ; Titre original :Para morir iguales ; Traduction : Myriam Chirousse ; Maison d’édition : Métailié ; Nombre de pages : 352

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