Bénis soient les enfants et les bêtes (Glendon Swarthout)

Les Pisseux, voilà le grade qu’ils ont obtenu au Box Canyon Boys Camp. Ils auraient pu être les Apaches, les Comanches, les Sioux…, comme les autres équipes du camp, ces six adolescents envoyés au fin fond de l’Arizona pendant un été par leurs parents fortunés afin d’en faire de vrais cow-boys – et surtout, pour la majorité, de s’en débarrasser un peu -. Mais ils sont et resteront les Pisseux pendant deux mois, car ils sont pour tous les instables, les faibles, ceux qui ne méritent comme trophée face aux épreuves que l’on leur propose pour s’endurcir qu’un pot de chambre. Et en effet, Cotton, Teft, Goodenow, Shecker, les frères Lally I et Lally II, sont des adolescents abîmés par la vie, enfin plutôt par leurs parents, qui ont bien du mal à s’intégrer à la logique et aux règles du camp, qui ont encore plus de mal à se faire confiance et à s’aimer. Mais, alors que les circonstances les ont réunis dans le même chalet – les équipes se forment et se déforment la première semaine d’arrivée selon les affinités -, c’est ensemble, grâce notamment à la force de conviction de Cotton, l’aîné, qui va réunir tant bien que mal ces individualités cabossées, qu’ils vont se donner une mission de la plus haute importance, bouleversant leur existence à jamais, à quelques jours de leur départ du camp qui aura, paradoxalement, autant fait leur malheur que leur bonheur.

Ce fut une entrée sans coup férir dans ce roman lu d’un souffle, tant sa construction narrative que ses personnages ne laissent pas du tout envie de s’arrêter en cours de route. Il est en effet question, dès les premières pages, d’un évènement qui a bouleversé nos six adolescents, évènement qui les mènera à leur mission, et sur lequel nous n’en saurons plus qu’à la moitié du récit, la deuxième partie laissant place à la mission provoquée par cet évènement : construction ingénieuse en somme, puisque le désir d’en savoir davantage est le plus fort, happé que l’on est de plus par l’histoire de ces six adolescents réunis ici par la force des choses. Leur passé nous est, de plus, dévoilée par bribes au fil du récit, ne faisant que renforcer et l’efficacité narrative permise par la mise en suspens d’une partie de l’intrigue, et l’attachement que l’on peut éprouver pour eux, autant du fait des maltraitances qu’ils ont subies, au camp ou en dehors, que du fait de leur capacité de résistance à l’adversité envers et contre tout.

Bénis soient les enfants et les bêtes est donc une belle surprise, que je n’oublierai pas de sitôt, notamment en raison de son intensité dramatique parfaitement maîtrisée, qui nous entraîne bien malgré nous dans l’intrigue, de plus en plus sérieuse et de plus en plus violente, jusqu’au dénouement, terrible, mais finalement attendu. Ce qui ne ressemblait au départ qu’à une banale histoire d’adolescents mal dans leur peau devient un véritable récit d’apprentissage, une incroyable aventure dans l’Ouest américain qui laisse la part belle à l’amitié, à l’humanité, au courage, dans un hommage rendu à la nature sauvage, à ses beautés les plus primales et essentielles.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1970 / 2017 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Bless the Beasts and Children ; Traduction : Gisèle Bernier ; Maison d’édition : Gallmeister ; Nombre de pages : 176

7 réflexions sur « Bénis soient les enfants et les bêtes (Glendon Swarthout) »

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