Ouragan (Laurent Gaudé)

L’Ouragan que nous décrit dans ce bref roman Laurent Gaudé, même si il n’est à aucun moment nommé, c’est bien sûr Katrina, qui a principalement dévasté une partie de La Nouvelle-Orléans et de la Louisiane, en 2005.

Par le choix de la brièveté, l’auteur s’oblige à l’intensité dramatique, tant dans le style que dans la narration, pour faire toucher du doigt toute l’impétuosité et de la violence d’une catastrophe d’une telle ampleur, et c’est particulièrement réussi. Non seulement la puissance du cataclysme pour les habitants de La Nouvelle-Orléans qui n’ont pas pu quitter la ville – par choix, comme Rose, Josephine Linc. Steelson, le révérend, ou au contraire par contrainte, ainsi de plusieurs incarcérés de l’Orleans Parish Prison que les gardiens ont laissé enfermés avant d’évacuer eux-mêmes les lieux -, nous est remarquablement contée, mais aussi ses conséquences, toutes plus tragiques les unes que les autres, pour les survivants.

En douze chapitres, qui mêlent les voix de chacun de ces personnages à la manière du chœur des tragédies antiques, l’on perçoit bien ici tout l’intérêt et tout le sens du choix du récit choral, devenu un peu trop gratuit ces dernières années dans les romans contemporains. En effet, nous entrons ainsi dans l’œil, et de l’ouragan, et des personnages qui l’ont vécu intimement, des prémisses qui se font faire sentir par tous dans l’air, jusqu’à son terme qui a mené au chaos et à un déchaînement de violence inouïe pour la survie de chacun. Nous entrons également par ces voix dans l’œil d’une certaine Amérique, pour qui chaque vie n’a pas la même valeur, par l’intermédiaire de l’un de ses plus récents scandales, celui de l’aide tardive octroyée pour la population, à majorité noire, qui n’avait pas été évacuée de La Nouvelle-Orléans.

Porté, et par un style et une narration d’une puissance folle, à la frontière du romanesque et du théâtral, et par un sujet éminemment engagé, Ouragan est un de ces romans contemporains qui a réussi à se faire une place dans mes lectures inoubliables de ces dernières années : lu à sa publication, je l’ai relu hier en étant encore une fois complètement bouleversée par la terrible tragédie qu’il choisit de nous conter.

Date de publication : 2010 ; Maison d’édition : Actes Sud ; Nombre de pages : 189

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