Le Moulin sur la Floss (George Eliot)

Au bord de la Floss, les Tulliver coulent des jours heureux dans leur moulin, et les enfants, Tom, l’aîné, comme Maggie, la cadette, s’épanouissent chacun selon leur caractère et leur sensibilité, ce que nous découvrons dans une première partie qui les décrit sous toutes les coutures, de même que tout le reste de la famille – père, mère, oncles, tantes… Mais ces jours heureux sont finalement de courte durée : alors que les enfants sont en pension pour parfaire leur éducation – ce qui ne sera pas de tout repos pour Tom, peu porté aux études classiques pour lesquelles son père a investi afin de lui permettre de réussir mieux que lui, au contraire de Maggie, qui en éprouvera plaisir et parfaite complétude -, des mésaventures surviennent, les faisant revenir au foyer, pour le meilleur comme pour le pire…

Roman éminemment victorien, tant par ses thèmes que dans sa construction, mais dans lequel l’on en sent déjà le crépuscule par des interventions parfois ironiques de sa narratrice, Le Moulin sur la Floss nous conte avec réussite – bien que la première partie m’ait été assez fastidieuse : il m’a fallu du temps pour m’habituer au rythme très traînant du récit – le destin douloureux d’une fratrie que tout oppose de prime abord, mais que tout réunit finalement. A travers cette fratrie nous seront également contés la vie de Saint-Ogg, village dont fait partie le Moulin, dans ses qualités – la solidarité de certains habitants envers d’autres – comme dans ses défauts – les médisances sans fondement qui ruinent certaines réputations -, et les bouleversements économiques et commerciaux subis par les populations rurales anglaises en raison de la Révolution Industrielle en plein apogée, qui sera bénéfique pour ceux qui font les bons placements, ou au contraire funestes pour ceux qui parient sur le mauvais cheval.

Roman social et roman de mœurs en somme, que ce deuxième opus de George Eliot, mais plus encore roman psychologique, en ce qu’il dépeint avec une grande vraisemblance et une incroyable force les tourments d’une âme face à son destin, face à la contradiction des sentiments et des émotions qu’elle éprouve parfois, et à laquelle elle a bien du mal à se soustraire et à faire face. Que ce soit Tom, Maggie, ou certains personnages qui gravitent autour d’eux, comme Philip Wakem ou Stephen Guest, chacun se voit mis à nu dans sa sincérité la plus troublante et complexe, dans ses faiblesses les plus violentes, tout simplement humaines.

Une première lecture de George Eliot qui ne sera pas la dernière, ayant retrouvé dans ce roman ce que j’apprécie dans mes découvertes romanesques du XIXème siècle.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1860 / 2003 ; Langue originale : Anglais (UK) ; Titre original : The Mill on the Floss ; Traduction : Alain Jumeau ; Maison d’édition : Folio ; Nombre de pages : 738

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