Offshore (Céline Servais-Picord)

A la mort de Ralph, tué par des pirates en plein Delta du Niger qu’il avait rejoint pour travailler sur des gisements pétroliers au large du pays, Aude, celle qu’il aimait sans aucune mesure – à son plus grand trouble d’ailleurs – cherche à comprendre ce qu’il s’est passé. Elle partira d’abord en Islande, terre des légendes qu’il adorait lire, et le récit sera de fait parsemé de références à la Saga de Kormak, dans laquelle un barde, Kormakr Ogmundarson, raconte ses amours malheureuses pour Steingerd Torkelsdatter, et dans laquelle la jeune femme reconnaît avec force l’histoire de celui qu’elle a perdu. Elle se rendra ensuite au Nigeria, à la rencontre d’un nganga (guérisseur), Moussango, qui a tenté d’aider Ralph, de vaincre ses démons, avant sa mort, et qui va désormais l’aider, elle aussi, ce qui changera son existence à jamais, et donnera un cours beaucoup plus mystique, imprégné de croyances et de rites nigérians, à ce même récit.

Offshore est tout d’abord un roman qui peut surprendre dans ses mélanges assez détonants de genres et de cultures, mais qui finalement s’explique du fait de n’être qu’un syncrétisme de la vie même de Ralph, protagoniste certes absent, et pourtant omniprésent. Ainsi, c’est son histoire qui nous est racontée à travers le regard et l’esprit d’Aude, de son histoire d’amour très particulière avec elle à son évolution professionnelle qui va le faire travailler dans les zones les plus dangereuses du Nigeria, et qui lui fera paradoxalement découvrir un nouvel amour, cette fois pour un pays. Syncrétisme de la vie de Ralph, et donc syncrétisme de style qui se ressentira tout du long, passant, via des chapitres assez courts, parfois même au sein d’un même chapitre, d’une langue délicate et versifiée, racontant la saga islandaise susnommée, à une langue plus orale, plus visionnaire, celle des ngangas, ou encore à une langue plus rugueuse, plus pragmatique, racontant cette fois la désolation du Delta du Niger causée par les sociétés pétrolières qui pillent le sol, sans même s’inquiéter un seul moment des conséquences écologiques ou sociales de leurs gestes. Langues qui se mêlent avec beaucoup de réussite, dans tous les cas dans une même poésie troublante, celle du pétrole, fondatrice de Ralph, et en somme fondatrice des recherches d’Aude pour comprendre, enfin, dans toutes ses contradictions, l’être qu’elle a perdu.

Et, tout comme Aude, l’on ressort troublé par cette parenthèse dans la vie d’un homme qui nous est racontée avec une capacité narrative très prometteuse pour un premier roman. Je ne suis donc pas mécontente de la découverte, tout à fait impromptue et hasardeuse, d’Offshore.

Date de publication : 2021 ; Maison d’édition : Le Nouvel Attila ; Nombre de pages : 256

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