La fuite en héritage (Paula McGrath)

Trois voix : la première, longtemps anonyme ; la deuxième, celle de Jasmine ; la troisième, celle d’Ali. Deux époques : 1982 ; 2012. Trois lieux : Dublin ; Londres ; États-Unis. Quatre histoires racontées en parallèle qui finissent par se rejoindre pour décrire avec force une part sombre de l’histoire de l’Irlande, celle de l’interdiction de l’avortement, et les conséquences tragiques qui en incombent au fil des années – interdiction désormais de l’histoire ancienne, depuis 2018 plus précisément -.

Moi qui fulmine contre la multiplication des romans polyphoniques qui n’existent que par effet de mode, et qui n’ont de fait aucun véritable intérêt narratif, je retrouve ici toute l’essence de cette construction, puisque la conclusion du roman amène à la réunion, plutôt subtile, des divers fils narratifs de l’histoire, même si finalement assez convenue. Les histoires de ces femmes, toutes en perdition, toutes pour diverses raisons, même si elles mèneront à la même conclusion, sont révoltantes, et pointent du doigt avec franchise, parfois avec brutalité, les violences, physiques, psychologiques, faites aux femmes du simple fait de leur genre. Ces histoires expliquent, avec une grande réussite, comment ces violences, parce qu’elles sont ancestrales, se transmettent inconsciemment de femme à femme, et sont de fait considérées comme des passages obligés pour chacune d’entre elles. Ainsi, le fond de ce roman met intelligemment les pieds dans le plat pour mieux dénoncer ces violences faites aux femmes, ce qui est malheureusement, à mon sens, parfois desservi par la forme : j’ai trouvé les dialogues assez artificiels, de même que l’enchaînement des actions de certaines passages, principalement concernant l’histoire de Jasmine. Qui dit artificialité stylistique dit perte de conviction du propos ; or ici, certes, le propos est fort, mais il aurait pu l’être encore davantage via un souffle romanesque plus naturel et vraisemblable.

La fuite en héritage est en somme une découverte appréciable, faite le 17 mars à l’occasion de la Saint-Patrick – à défaut d’aller dans un pub pour m’offrir une bière irlandaise, j’ai lu une autrice -, malgré quelques effets de style que je n’ai pas toujours trouvé bienvenus.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2017 / 2019 ; Langue originale : Anglais (Irlande) ; Titre original : A History of Running Away ; Traduction : Cécile Arnaud ; Maison d’édition : La Table Ronde ; Nombre de pages : 329

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