Hamnet (Maggie O’Farrell)

Dans ce roman aux accents biographiques, Maggie O’Farrell choisit de combler, comme elle les imagine, les blancs de l’histoire de William Shakespeare, celui qui ne sera jamais nommé, celui qui sera pourtant au centre du récit, bien qu’à majorité absent – c’est le point de vue de sa famille, restée à Stratford-upon-Avon, que nous découvrons surtout, pendant que le poète et dramaturge passe la majeure partie de son temps à Londres -, celui qui choisira de faire d’un drame familial l’une de ses plus célèbres tragédies.

Pour raconter cette histoire, Maggie O’Farrell commence par le commencement, c’est-à-dire par la rencontre, en 1582, entre William, alors précepteur de dix-huit ans de la famille Hathaway, dans le but d’éponger certaines dettes de son père, et Agnes, une des filles Hathaway, de six ans son aînée. Cette rencontre donnera lieu à une grossesse hors mariage, et, en toute logique, à un mariage conclu rapidement après la découverte de cette grossesse. Mais ce commencement, bien que chronologique, n’est pas le véritable commencement du roman qui nous mène, lui, en 1596, le jour où Judith, la benjamine de onze ans, se sent subitement très mal, et que son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide avant de retourner à son chevet.

Entre ces deux dates, les évènements seront racontés alternativement, remontant le temps depuis 1582, du mariage au départ pour Londres, et ses conséquences familiales désastreuses, bien que bénéfiques financièrement parlant, en passant par la naissance des trois enfants de la fratrie, pour en arriver à cette fatidique date de 1596, qui mènera la famille à un terrible deuil causé par la peste bubonique. Deuil qui sera raconté, dans les moindres détails, du point de vue de chaque membre : mère d’abord, sœurs ensuite, enfin père.

Cette histoire de Shakespeare, mi-biographique mi-fictionnelle, est servie par une plume remarquable – même sans avoir lu en VO, je ne pense pas me tromper quant à sa qualité, vraiment palpable ; j’en salue en tout cas la traduction, très réussie -, qui a la capacité de transcrire les émotions les plus brutes avec beaucoup de corps et de cœur, sans les minimiser, bien au contraire, tout en essayant de s’attacher au maximum à leur réalité, parfois la plus crue. Ainsi, le deuil vécu par la famille nous est conté avec une telle sensibilité poétique que l’on partage la détresse de chacun, et que l’on comprend mieux comment chacun va tenter de vivre avec celui-ci. Il en est de même quant à l’amour qui naîtra entre William et Agnes, ou encore de ce que celle-ci éprouvera lorsqu’elle portera ses trois enfants. Plume remarquable qui met finalement parfaitement en jeu l’intrication très forte entre histoire personnelle et création littéraire, qui montre comment la part de drame, ou de bonheur, de chaque artiste a des conséquences, plus ou moins importantes, plus ou moins inconscientes, sur son œuvre.

En somme un grand moment de lecture, et même une belle rencontre littéraire permis par la découverte de ce roman de Maggie O’Farrell, qui me donne envie de me plonger encore plus rapidement dans I am, I am, I am, dans ma PAL depuis un bon moment. Je remercie pour cela les éditions Belfond et NetGalley.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2020 / 2021 ; Langue originale : Anglais (UK) ; Titre original : Hamnet ; Traduction : Sarah Tardy ; Maison d’édition : Belfond ; Nombre de pages : 368

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