Ma sombre Vanessa (Kate Elizabeth Russell)

Vanessa Wye, trentenaire à la vie chaotique, découvre sur les réseaux sociaux qu’une ancienne élève de son lycée privé, situé dans le Maine, accuse leur professeur de lettres, Jacob Strane, d’abus sexuel. Elle va suivre de manière obsessionnelle l’affaire, étant elle-même directement concernée par ces accusations, puisqu’ayant eu une relation au long cours avec cet homme, relation qui a débuté alors qu’elle était mineure, et encore son élève. Cet aveu, de la part de sa camarade, va faire sombrer Vanessa dans la tourmente de ses souvenirs, qui vont, du fait de son âge et de ce qu’elle découvre au fur et à mesure de l’affaire, prendre une toute autre saveur, bien plus amère pour la jeune femme.

Sans être d’une remarquable qualité littéraire – stylistiquement, je n’ai en effet rien perçu qui aurait pu m’interpeller, dans le bon comme dans le mauvais sens, et ici le fait de lire une traduction ne change, je pense, rien à la chose -, Ma sombre Vanessa est au contraire un roman remarquable dans sa capacité à nous faire entrer au plus profond de l’esprit de Vanessa, à nous faire toucher du doigt, avec beaucoup de réalisme et de force, le phénomène d’emprise dont elle a été victime de la part de son ancien professeur, qui a profité de sa détresse psychologique – rupture amicale violente en fin d’année précédente, vie en internat, difficulté à nouer contact avec les autres… -, et de son goût pour la littérature, pour en faire, de manière « consentie », son objet, notamment sexuel.

Et c’est toute la complexité et la sournoiserie de la chose, que cette notion de consentement, puisque Vanessa n’a jamais, ouvertement, rien refusé à Jacob, du moindre premier petit frôlement de genou jusqu’au premier rapport sexuel, même si cette relation la met, ce dont elle se rend de plus en plus compte au fil de ses réminiscences, profondément mal à l’aise, et même si cette relation aura une incidence, ce dont elle se rend compte aussi au fur et à mesure, sur le reste de ses relations futures, plus encore sur le reste de sa vie, en ce qu’elle est une traumatisée, ayant vécu des abus dont elle n’a que bien peu conscience, défendant toujours corps et âme, dans l’adversité, celui qu’elle a aimé, ou pense avoir aimé, pendant de nombreuses années.

Que dire, enfin, des nombreuses références faites au Lolita de Nabokov – n’ayant pas encore lu ce roman, je n’ai, par contre, pas apprécié en découvrir des éléments d’intrigue sans que l’on m’ait prévenue en amont -, donné par Jacob à Vanessa, qui deviendra son livre de chevet et qui enfoncera encore le clou de cette description, malsaine mais tellement juste, de cette emprise, sentimentale, davantage que sexuelle, dont sont capables les pédophiles.

Une lecture éprouvante, nécessaire, que j’ai trouvé intéressante, bien qu’elle ne m’ait pas marquée littérairement parlant.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2019 / 2020 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : My Dark Vanessa ; Traduction : Caroline Bouet ; Maison d’édition : Les Escales ; Nombre de pages : 448

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