La danse du Vilain (Fiston Mwanza Mujila)

Voici un roman bien étrange, indubitablement original, comme je les apprécie. En effet, derrière une déconstruction narrative et des voix multiples, qui semblent comme mêlées de manière anarchique tout au long des pages – un même personnage peut en effet, selon les chapitres, s’exprimer à la première personne, ou au contraire laisser le narrateur s’exprimer pour lui à la troisième personne -, à l’image des lieux dans lesquels elles évoluent, se dessine finalement une histoire, plus rigoureuse qu’il n’y paraît – la boucle narrative finit en effet par se boucler – du Zaïre et de ses habitants, qui deviendra la République Démocratique du Congo vers la fin du récit.

Les deux personnages centraux, Molakisi, qui partira à la quête des diamants en Angola, en pleine guerre civile, et Sanza, qu’il hébergeait et finira dans les rues de Lubumbashi, avec d’autres gamins paumés comme lui, en sont des avatars, allant par monts et par vaux, au rythme, pour l’un, des mines conduites par leur Madone, Tshiamuena, femme mythe aux histoires innombrables, pour l’autre, de la Danse du Vilain, rumba à rallonge, entêtante et entraînante, qui fait et défait, à chaque passage, tout le chaos de la ville, pour enfin lui donner une harmonie comme surréaliste.

La passerelle entre les deux, plus encore que leur amitié, c’est Franz, un écrivain autrichien en manque d’inspiration, venu en Afrique pour la trouver, passant d’un pays à l’autre, rencontrant ainsi tous les protagonistes, et sûrement, finalement, par une mise en abyme réussie, étant celui qui les raconte par l’intermédiaire de ce roman carnavalesque, dans un mélange tout aussi réussi de genres, de registres, de tons, de niveaux de langue, de syntaxes, mimant toute la complexité et la richesse d’un pays en pleine mutation.

Encore une belle découverte permise par les éditions Métailié, qui est en train de devenir une de mes maisons d’édition favorites. Je vais désormais me procurer Tram 83, premier roman de Fiston Mwanza Mujila, pour continuer ma lecture de cet auteur à la plume inaccoutumée, et en cela plus qu’appréciable.

Date de publication originale : 2020 ; Maison d’édition : Métailié ; Nombre de pages : 258

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