Les douces (Judith Da Costa Rosa)

A Illès, dans le sud-Ouest de la France, alors qu’il s’apprêtait à venir chercher sa cavalière pour le bal de promo organisé par leur lycée, Hannibal disparaît, laissant derrière lui un simple mail, ainsi que ses trois meilleures amies, Dolorès, Bianca, et Zineb. Disparition qui, pendant huit ans, aura des conséquences sur ces jeunes filles qui, alors qu’elles n’ont que dix-sept ans, devront continuer à se construire avec cette perte d’une véritable partie d’elles-mêmes, jusqu’au jour où… Hannibal est enfin retrouvé, dans le village qu’il n’a finalement jamais quitté. Les trois, désormais parisiennes, devront rentrer au pays, et reprendre le chemin de leur passé, devenu douloureux, bien malgré elles.

Avec cette disparition d’Hannibal, puis sa découverte, ce sont non seulement ses amies, la relation qu’ entretenaient ces quatre inséparables, qui nous sont racontées, mais aussi tout le village d’Illès, tous ses secrets, les plus banals comme les plus terribles, par l’intermédiaire d’une galerie de personnages du village. Nous sommes plongés, avec beaucoup de réussite, dans leur passé en même temps que dans leur présent, dans toutes leurs pensées, dans tous leurs questionnements, dans toutes leurs réactions, avec beaucoup de réalisme et de sensibilité : Joan, playboy du lycée, petit ami de Dolorès, qui a connu son propre drame le soir de la disparition d’Hannibal ; Lisa, petite amie officieuse d’Hannibal, qui permet de comprendre le caractère trouble de l’amitié des quatre, initiée à la fin de leur enfance ; les mères de Bianca et de Dolorès ; Auguste Meyer, sculpteur habitant à proximité, chez qui les quatre se sont rencontrés, et qui est décédé il y a plusieurs années désormais ; Elisa, petite fille de ce sculpteur, qui ne l’a pas connu, mais qui a hérité de sa maison, et de ses mystères ; enfin, celui qui les réunit tous, l’officier Casez, et par lequel l’on découvrira le fin mot de l’histoire sur le jeune homme.

Galerie de personnages remarquablement présentée qui s’accompagne, finalement, d’une réflexion assez intéressante sur la difficulté de la construction de soi après divers traumatismes plus ou moins conscients : en effet, chacune des amies d’Hannibal ne prendra finalement pas le chemin qui lui était destiné avant sa disparition, menant à plus ou moins de réussite, et dans tous les cas à un grand mal-être qui prendra diverses formes selon le caractère de chacune. Réflexion intéressante également sur la place du secret, familial, amical, amoureux, voire sociétal, agissant comme une monstrueuse tumeur qui finit par prendre toute la place, pour mieux détruire ceux dans laquelle elle s’étend insidieusement.

Les douces est donc, à mon sens, un premier roman prometteur, en ce que Judith Da Costa Rosa mène parfaitement sa narration, entre dévoilement progressif et bien mené des évènements qui ont conduit à la disparition d’Hannibal – même si l’on en comprend finalement assez vite l’issue -, et description entière et aussi bien menée de son entourage, de son évolution, après sa disparition. C’est une découverte très agréable que j’ai été ravie de faire, et je remercie pour cela les éditions Grasset, ainsi que NetGalley.

Date de publication originale : 2021 ; Maison d’édition : Grasset ; Nombre de pages : 400

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