Le fusil de chasse (Yasushi Inoué)

Avec ce roman épistolaire, je me suis lancé un véritable défi, mon côté parfois masochiste : une première œuvre en littérature audio ; une œuvre japonaise, avec qui, chez moi, c’est quitte ou double, soit j’adore, soit je n’aime pas du tout – mais c’est plus souvent le deuxième cas – ; de l’épistolaire dont je ne suis pas la plus grande férue. Cela aurait pu donc être une écoute très laborieuse…

Et finalement, pas du tout ! Tout d’abord, il faut reconnaître que la lecture d’André Dussollier, par sa voix tout en nuances et en finesse, met parfaitement en valeur le sens de ce roman qui, bien que très bref, est d’une extrême richesse, tant sur le plan narratif que thématique.

Richesse narrative en premier lieu, en ce que le caractère épistolaire de ce roman est parfaitement maîtrisé, mêlant subtilement les voix des différents personnages à travers une série de quatre lettres. La première est celle que reçoit le narrateur, sollicité par un de ses amis à écrire un poème dans une revue de chasse lui appartenant ; ce poème, qui nous est également retranscrit, décrit un chasseur que le narrateur a aperçu un jour de promenade hivernale au mont Amagi. Or, quelques mois après publication de la revue, Josuke Misugi, qui croit se reconnaître dans ce portrait, lui écrit. Trois autres lettres, de femmes cette fois, accompagnent la première, lettres qui sont, selon lui, l’explication de son air préoccupé de ce jour-là, air transparaissant avec une grande force dans le poème à l’origine des révélations qui suivront. Trois femmes donc, qui seront toutes liées au chasseur, pour le meilleur comme pour le pire…

Ces quatre lettres, via ces quatre voix, celle du chasseur, celle de Saïko – à partir de qui tout commence -, celle de Shoko, sa fille, celle de Midori, sa cousine, et épouse du premier, nous racontent, chacune à sa manière et de son point de vue, l’évènement tragique cimentant le récit, dans une palette d’une grande complétude de tons et de sensibilités remarquablement dépeints. Les lettres ne sont pas simplement lues, et par le narrateur, et dans mon cas par André Dussollier, elles sont foncièrement incarnées, prennent corps pour mieux faire percevoir tous les sentiments violents, parfois contradictoires, qui imprègnent chacun des personnages, de plus en plus brutalement au fil de leur plume. L’on est ainsi très loin de la littérature nippone, pleine de retenue et de pudeur, à laquelle je suis plus habituée, ce dont je ne vais pas me plaindre.

Richesse thématique ensuite, mais qu’il me sera plus difficile d’évoquer sans vouloir trop en dévoiler ; car c’est justement un roman qui se dévoile, par effeuillements de détails, jusqu’à l’explosion des révélations finales qui se pressentaient, dans un sens, depuis la première lettre féminine. L’on peut, sans trop en dire, souligner que ce roman est roman d’amour, en premier lieu, mais aussi, et plus encore, de souffrance. Il est aussi roman de mystère et de nature, qui l’accentue et le magnifie plus encore. Il est enfin roman de mort, de celle, en fin de compte, paradoxalement belle et douloureuse. Roman multiple en somme, rendant justice à toute la dualité des sentiments humains.

C’est donc une première incursion réussie dans l’univers du livre audio, ma nouvelle résolution pour rendre mes trajets d’une heure trente quotidienne en voiture plus agréable, et c’est même une incursion qui me réconcilie, pour un temps, avec la littérature japonaise. Je remercie les éditions Audiolib et NetGalley de m’avoir permis cette double découverte, et de Yasushi Inoué, et de la littérature audio.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1949 / 2021 ; Langue originale : Japonais ; Titre original : Ryōjū ; Traduction : Gisèle Bernier ; Lecture : André Dussollier ; Maison d’édition : Audiolib ; Nombre de pages : 96 (version Le Livre de Poche)

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