Les bonnes (Jean Genet)

Avec Les bonnes, c’est une entrée sans coup férir sur scène, en un souffle, sans pause permise par un quelconque acte ou une quelconque scène, via la mise en abyme classique du théâtre dans le théâtre, dans laquelle Solange est déguisée en Claire, sa sœur, tandis que Claire est déguisée en Madame, dont elles sont toutes deux les bonnes. Dans l’appartement parisien et bourgeois de Madame, toutes deux changent de rôle pour mieux sortir d’elles-mêmes, tout simplement, du moins au départ, puisque, finalement, ce jeu, en apparence d’une grande légèreté, prendra rapidement des accents plus graves, distillant le tragique pressenti dès les premiers échanges entre les sœurs.

Mise en abyme somme toute classique, mais d’une violence et d’une modernité qui peuvent perturber – du moins en 1947, année de sa première mise en scène, alors que l’on a toujours en tête l’affaire des sœurs Papin, bien que Genet ait toujours nié s’en être inspiré – : violence des gestes, des mots, des pensées qui nous sont comme parfois crachés au visage par ces jeunes femmes qui se cherchent, qui cherchent avant tout à être autre chose que leur simple condition sociale – comme aime le rappeler le titre, elles sont « Les bonnes » – ; économie de décors – selon les mises en scène -, des personnages, car ce qui importe, ce sont Claire et Solange qui sont, enfin, auréolées de lumière, celle qui leur donne une place centrale dans la pièce, celle qui deviendra sombre, de plus en plus sombre, au fur et à mesure que l’une, Claire, se laissera envahir par une passion meurtrière, tandis que l’autre, Solange, tâchera de ramener à la raison sa jeune sœur. La tension est croissante, la gêne du spectateur aussi, jusqu’à l’acmé final faisant de la mise en abyme première le véritable ressort tragique de la pièce, puisque ce sont les rôles, plus que les êtres, qui l’emportent sur la fatalité du monde et des choses.

Et c’est, en somme, tout ce qui me plaît chez Genet : cette crudité violente qui paraît derrière le masque, qui s’en échappe avec fulgurance pour mieux s’en retourner, et entrer dans les cases mondaines et sociales dévolues à chacun, jusqu’à la prochaine échappée, qui sera un jour ou l’autre fatale. Et c’est, en somme, un plaisir qu’il soit, de nouveau, cette année, au programme de l’agrégation, pour pouvoir analyser plus avant cette pièce.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1947 / 2001 ; Maison d’édition : Gallimard ; Nombre de pages : 272

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