Fille (Camille Laurens)

Laurence Barraqué naît en 1959, et elle est une fille. La deuxième, plus exactement, après sa sœur Claude. Et ce n’est pas pour plaire à leur père, qui n’a, encore une fois, pas le bonheur d’avoir un garçon. Un garçon, celui qui aurait été le fils, celui qui a le droit à deux termes pour différencier son genre de son statut familial, alors qu’une fille, elle, n’en a pas le droit. Première dissection lexicale du roman qui fonctionnera comme un fil rouge, s’intéressant à l’étymologie de certains mots, ou encore à leur polysémie, leur synonymie… afin de mettre en évidence, toujours avec beaucoup de réussite, parfois avec un humour plus ou moins ironique, la différenciation ontologique qui se joue entre fille et garçon, depuis la naissance jusqu’à la fin de l’existence. C’est en effet dans cette optique que nous sont contés les commencements de l’histoire de Laurence, d’abord via une narratrice qui prend en charge le récit de celle-ci jusqu’à ce qu’elle soit en âge de s’exprimer par elle-même, et nous la suivons jusqu’à la naissance, et le passage à l’âge adulte, de sa propre fille.

Par l’intermédiaire de Laurence, nous découvrons quatre générations de femmes : celle de sa grand-mère ; celle de sa mère ; la sienne ; celle de sa fille. Ainsi, au fil du récit, l’expérience personnelle devient collective, et elle est toujours presque la même, ponctuée de brimades, d’humiliations, de rabaissements, de violences, de nécessité d’en faire, encore et toujours plus, pour se faire voir et entendre… expérience bien connue de chaque femme qui évolue dans une société patriarcale, narrativement assez commune et rebattue, qui, à mon sens, tranche avec l’originalité première des réflexions lexicales essaimant le roman, beaucoup plus intéressantes et porteuses de sens.

Une lecture qui démarrait sous de bons auspices, finalement en demi-teinte, autant parce que Fille n’apporte rien de nouveau, stylistiquement parlant surtout, que parce que la version audio, lue par Elsa Lepoivre ne m’a pas convaincue, du fait d’un ton que j’ai trouvé parfois trop monocorde.

Date de publication : 2020 ; Maison d’édition : Gallimard / Ecoutez lire ; Durée d’écoute : environ 6h

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