Les dix-mille mulets (Salvatore Maira)

En voilà un roman dense qui, bien qu’en débutant sous des auspices romanesques classiques, ira en se complexifiant au fil de l’ajout de nouveaux personnages, et donc de nouvelles intrigues, s’entremêlant subtilement, et même supplantant parfois l’intrigue principale. Et cette intrigue, qui paraît elle-même limpide de prime abord, le sera beaucoup moins qu’elle ne le semble : Peppino Miaorana élève et vend des bœufs avec ses frères en Sicile. Il est celui qui a de la chance, qui réussit tout ce qu’il entreprend malgré les obstacles – ce qui nous sera décrit par plusieurs retours en arrière dans l’histoire de la famille -, et il est donc celui qui gère davantage l’entreprise familiale, bien que l’avis de ses frères dans les transactions choisies, pas toujours totalement légales d’ailleurs, soient fondamentales. Jusqu’à ce qu’en 1949, alors que l’Italie se remet difficilement de la guerre, un appel d’offres est lancé par la Grèce afin de solder la dette italienne pour lui fournir dix-mille mulets. Pour une fois contre l’avis de ses frères, et connaissant certains obstacles, comme celui des mafieux de l’île qui sont aussi en lice pour remporter le marché, Peppino se lance quand même dans l’aventure, persuadé que sa baraka agira, comme à son habitude. Une fois le marché emporté, l’aventure des dix-mille mulets ne fait que commencer, pleine de rebondissements, plus ou moins dramatiques, plus ou moins exceptionnels…

Une fois que les différents fils de l’intrigue, et les multiples personnages essaimant le roman, sont bien cernés, la lecture est un grand plaisir, en ce que, bien sûr, nous est racontée l’histoire tour à tour réaliste, épique, rocambolesque, ou encore tragique, de Peppino, mais aussi dans la même veine, l’histoire de ses compagnons de fortune, ou d’infortune, que nous rencontrons au fil de son aventure, Giulio Saitta, commissaire de police, en tête. Tous ces personnages, remarquablement dépeints au fil des passages les mettant en scène, qui vont se rencontrer et évoluer dans la ville provisoire, tout aussi remarquable, créée dans le port de Messine pour répondre au marché grec – parce qu’il en faut, du temps et de la main d’œuvre, pour obtenir tant de mulets -, vont être de plus partie prenante de l’histoire de la Sicile d’après guerre, précisément décrite à travers les multiples récits fictifs des personnages de Salvatore Maira. Histoire et fiction se mêlent ainsi parfaitement pour mieux raconter l’île prise au piège des fascistes qui s’y sont installés pour mieux fomenter un coup d’état et reprendre le pouvoir perdu, en même temps que la guerre, par le Duce, aidés en cela par la mafia en place depuis de nombreuses années.

Roman complexe mais néanmoins passionnant, que j’ai particulièrement apprécié, Les dix-mille mulets est en somme une belle découverte, riche et multiple, tant en termes de narration que d’intrigue, ou encore de thématiques. Je remercie les éditions du Rocher et NetGalley de me l’avoir permise.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2018 / 2021 ; Langue originale : Italien ; Titre original : Diecimila muli ; Traduction : Jean-Luc Nardone et Jacqueline Malherbe-Galy ; Maison d’édition : les éditions du Rocher ; Nombre de pages : 672

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