Les simples (Yannick Grannec)

L’abbaye de Notre-Dame du Loup est une petite épine dans le pied de Jean de Solines, évêque de Vence, en Provence à la fin des années 1500. Les bénédictines y vivent en effet depuis de nombreuses années en totale indépendance pour avoir soigné le Roi lui-même, et subviennent notamment à leurs besoins en vendant les remèdes miracle de Sœur Clémence, doyenne de l’abbaye et herboriste de génie qui maîtrise les simples comme personne. Il est temps, pour l’évêque, de récupérer ce qui, selon lui, lui revient de droit, autrement dit l’abbaye, et pour cela, rien de tel que d’envoyer deux de ses vicaires pour enquêter sur les sœurs et trouver quelque chose pour leur nuire. Il lancera ainsi une machine terrible qui aura des conséquences bien plus dramatiques qu’il ne l’aurait pensé, pour l’abbaye, mais aussi pour lui-même…

C’est par l’intermédiaire de l’alternance des voix et des points de vue – celle de sœur Clémence, mais aussi celle de sœur Marie-Vérane, mère supérieure, de Gabrielle, future novice, ou encore celle de l’évêque et d’un de ses deux vicaires, Léon de la Sine, pour ne citer que les plus importantes – que nous découvrons l’abbaye, son quotidien, ses secrets inavouables, ses rancœurs, ses luttes de pouvoir, et tous ceux qui tentent de la mener, plus ou moins consciemment, à sa perte, pour mieux s’en partager les restes. Narration somme toute rebattue depuis quelques années, mais ici plutôt efficace et pertinente pour mettre en scène les rouages qui vont mettre en branle la communauté bénédictine.

A travers ces voix nous est bien sûr contée, avec précision et recherche, une époque assombrie par les multiples guerres de Religion qui gangrènent le royaume, bien qu’en sourdine du fait du repli des sœurs et de l’accalmie de ces conflits en 1584, mais plus encore une époque dans laquelle il est difficile d’accepter qu’une communauté exclusivement féminine puisse subsister en totale indépendance patriarcale avec brio, sans y voir un quelconque rapport avec la sorcellerie et le Diable, ou du moins de le faire croire pour mieux profiter de la réussite de la communauté. Le tout nous est conté agréablement, sans être pour autant d’une grande originalité, narrative comme stylistique, pour vraiment sortir du lot des romans historiques contemporains.

Date de publication : 2019 ; Editions : Anne Carrière ; Nombre de pages : 368

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