La Mer Noire dans les Grands Lacs (Annie Lulu)

Avec ce bref roman, nous entrons de plain-pied dans la vie de Nili, dans un souffle qui nous happera jusqu’à la fin, alors que la jeune femme, installée à Bukavu, au bord du lac Kivu, est en train d’accoucher et qu’elle décide de raconter son histoire à son enfant sur le point de naître. Elle lui raconte tout, de sa vie en Roumanie, qui lui aura fait connaître la dictature de Ceaucescu, alors qu’elle est fille métisse d’une étudiante roumaine professeure de fac, pour qui le travail et la stimulation intellectuelle sont le grand tout de la vie, et d’un étudiant congolais venu en Roumanie pour ses études, reparti seul dans ses contrées avec la chute du dictateur, à son arrivée fracassante, une vingtaine d’années plus tard, en République Démocratique du Congo, à la recherche de ses origines paternelles qui lui ont tant manqué. Et la République Démocratique du Congo, à l’époque de son arrivée, c’est un pays hanté par le génocide rwandais à l’origine d’une première guerre civile, encore meurtri par les conflits qui ont suivi, toujours heurté par les tensions qui ont cours, donnant lieu à des manifestations et des affrontements parfois funestes pour les manifestants.

C’est une brièveté qui mime le sentiment d’urgence qui empreint Nili, alors qu’elle est en train d’accoucher et a ce besoin irrépressible de tout raconter avant la délivrance, raconte également la quête de sens et d’identité qui s’est faite de plus en plus forte au fil des années pour cette jeune femme mal acceptée dans son pays en raison de ses origines, quête qui sera celle d’une nouvelle espérance, et enfin d’une nouvelle vie. C’est une brièveté pleine d’une écriture multiple, d’une poésie puissante autant que d’un prosaïsme cru, d’une écriture des sens, des corps, des sensations trop longtemps tus, ou pervertis, en Roumanie, qui prennent vraiment naissance en RDC, alors même que Nili prend elle-même véritablement naissance, dans la complétude de ses origines. C’est une brièveté qui sert à merveille ce premier roman, d’une grande force et, déjà, d’une grande maîtrise narrative et stylistique.

Je remercie les éditions Julliard et Netgalley de m’avoir permis de le découvrir.

Date de publication : 2021 ; Maison d’édition : Julliard ; Nombre de pages : 224

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