Berlin Tome 1 : La cité des pierres (Jason Lutes)

Avec cette bande-dessinée, Jason Lutes fait le choix de raconter l’Allemagne de l’entre-deux guerres, chose peu commune, et donc tout à fait bienvenue, par l’intermédiaire d’une trilogie qui va suivre deux personnages, Kurt Severing, journaliste, et Marthe Müller, peintre, au fil de leur existence dans Berlin.

Ce premier tome s’intéresse à quelques mois, de septembre 1928 au 1er mai 1929, septembre signant l’arrivée de Marthe à Berlin, sa rencontre fortuite avec Kurt, et le 1er mai le jour d’un rassemblement communiste non autorisé célébrant la Journée Internationale des Travailleurs qui tourne au drame, avec la mort d’une trentaine de partisans du Parti Communiste allemand. Par ce choix narratif, nous comprenons très vite que l’Histoire de l’Allemagne nous sera contée par l’histoire de ceux qui la peuplent, qui la font vivre, ou du moins tentent de lui redonner vie après le couperet du Traité de Versailles de 1919. Que ce soit Marthe ou Kurt, ou bien d’autres personnages qui vont croiser leur chemin plus ou moins longuement, et donc le nôtre, chacun symbolise une part de l’Allemagne : celle qui sent que la République de Weimar est en voie de déliquescence, et que ce qui va lui succéder ne sera pas une bonne chose ; celle qui papillonne, avec insouciance et naïveté, dans une ville qui tente de reprendre goût à la vie, malgré les anciens combattants estropiés qui fourmillent à faire la manche et qui rappellent sans cesse ce que l’on veut oublier ; celle qui subit de plein fouet la défaite allemande, avec pour conséquence des difficultés économiques (pas de travail, misère…) et qui cherche son salut soit à travers le nationalisme, soit à travers le communisme…

Pour mettre en valeur cette fresque historique, très réaliste, et qui a demandé à son auteur un important travail de recherche documentaire, Jason Lutes opte pour le noir et blanc, ainsi que pour une importance donnée à Berlin plus qu’à ses personnages : en effet, ce sont les traits de la ville qui sont précis, accentués, magnifiés, plus que ceux de ses habitants, à l’aspect beaucoup plus sommaire. Ainsi, ce sont les arrière-plans qui attirent davantage le regard, donnant à voir les plaies que la ville tente de faire cicatriser, et l’ombre de la défaite qui impose son joug à des millions d’Allemands, créant le parfait terreau à ce qui surviendra en 1933.

Un premier tome somme toute intéressant, aux graphismes assez plaisants, qui m’a donné envie de me procurer la suite sous peu.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2000 / ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Berlin: City of Stones ; Traduction : Elisabeth Ginsbourg ; Maison d’édition : Delcourt ; Nombre de pages : 216

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