Les Contreforts (Guillaume Sire)

Il y a quelque chose d’immédiatement touchant dans l’histoire de la famille Testasecca, dans la ruine de son château, situé à proximité de Carcassonne, qui arrive à ses derniers balbutiements, à l’image du père, Léon, raviné par le temps et l’alcool, n’étant plus que l’ombre de lui-même et de son illustre famille, malgré certains coups d’éclat périodiques, plutôt contre-productifs ; dans la présence de Diane, sa femme, le roc de la famille, qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter l’expulsion du domaine, désormais en péril imminent pour les autorités ; dans l’existence de leurs enfants, Clémence, le « voilier » voguant avec détermination sur les flots de la vie, en prise avec ce qui l’entoure par ses grandes capacités à bricoler et réparer tout ce qui lui tombe sous la main, y compris le château ; Pierre, le cadet, rêveur et sensible, en parfaite symbiose avec la nature environnante, suivi depuis quelques années par une légende faisant de lui un disciple de Loghauss, sinagrie de la région, créature merveilleuse qui l’aurait sauvé d’un incendie causé par un orage alors qu’il chassait.

Et bien sûr, ce qui garde la famille liée dans l’adversité, malgré les désaccords et disputes de plus en plus nombreux causés par l’épée de Damoclès désormais au-dessus de sa tête, c’est Montrafet, son château. Décrit par petites touches poétiques tout au long du récit, insistant sur la façon dont il fusionne avec la nature qui l’entoure, qui le magnifie et l’auréole d’une atmosphère encore davantage légendaire et mystérieuse, c’est un personnage à part entière, encore auguste malgré son état de décrépitude avancée. Et c’est par ce château que l’histoire de la famille sonne tout autant épique que dramatique, du fait de sa ténacité à tenter de le sauver, et dans le même temps de sauver sa propre existence, coupée en partie du monde et de ses turpitudes. Jusqu’au désenchantement des derniers chapitres, assez déroutant, voire décevant, mais qui prend finalement sens face à la quête de la famille pour conserver son espace de légende, de poésie, de liberté face au prosaïsme du monde qui, désormais, va davantage de soi.

Une belle découverte que ce roman en somme, qui fait de l’histoire des Testasecca, de Montrafet, et du seuil des Corbières, une légende moderne, finalement rattrapée tragiquement par son époque. Je remercie les éditions Calmann-Levy et NetGalley de m’en avoir permis la lecture en avant-première, sa publication étant prévue ce 18 août.

Date de publication : 2021 ; Maison d’édition : Calmann-Levy ; Nombre de pages : 352

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