Paria (Richard Krawiec)

En un récit bref, mais intense, qui relate les évènements au fil des diverses réminiscences de son protagoniste, Stewart « Stewie » Rome tente de nous raconter son adolescence, alors qu’il cherche désespérément à exorciser un drame qui a eu lieu à cette époque. Ce drame, c’est l’agression extrêmement violente de Masha, jeune polonaise arrivée il y a peu, dans le local technique du collège dans lequel elle venait tous les samedis prendre des cours d’anglais en plus des cours de la semaine. Très vite, c’est Emmett, adolescent noir, ancien ami de Stewie, qui est arrêté, accusé, emprisonné, pour cette agression, mais les preuves contre lui ne sont pas spécialement accablantes. Stewie, amoureux de la jeune fille au moment de son agression va donc, de nombreuses années plus tard, essayer de retrouver le cours des évènements pour enfin en connaître le fin mot.

Ce qui fonde le principal intérêt de Paria, ce n’est pas de savoir qui a agressé Masha – l’on n’aura en effet jamais de réponse tranchée -, mais plutôt son narrateur, fuyant, dans l’incapacité de se souvenir exactement de ce qu’il s’est passé ce jour-là, et plus encore de ces mois de 1967 qui ont mené à cette agression. En effet, Stewie, plutôt que d’être seul, s’est acoquiné avec Doyle et Murphy, têtes brûlées ayant déjà sombré dans la délinquance, la drogue, et la violence, et les suit sans se démonter dans toutes leurs errances, même les plus violentes et glauques. C’est donc un jeune homme embrumé par les diverses drogues qu’il essaie, imprégné de la violence qui l’entoure de plus en plus – familiale depuis peu, amicale désormais, culturelle également -, et emporté par diverses contrariétés, notamment amoureuses, qui deviennent existentielles, surtout en pleine adolescence, qui traverse cette période en boulet de canon autodestructeur.

Pouvoir avoir confiance en ses souvenirs est donc une gageure, autant pour lui-même que pour le lecteur, qui n’est pas dupe du rôle de ce récit rétrospectif, alors que Stewie est entretemps devenu maire de la ville ouvrière du nord des Etats-Unis dans laquelle il a toujours vécue, et qu’il s’est trouvé mêlé à des affaires louches durant ses mandats. Cas de conscience en somme d’un homme qui cherche à s’en racheter une, alors qu’il approche de plus en plus de la fin de sa vie ; mais cas de conscience tardif, surtout pour Emmett, qui a davantage payé pour le fait d’être noir et s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, qui a ainsi pris le rôle du paria qui lui était forcément dévolu ; cas de conscience finalement d’un cynique égocentrisme, assez banal, d’homme devenu politique véreux. Cas de conscience qui, dans tous les cas, nous présente de manière assez commune, mais pas pour autant inintéressante, les laissés pour compte de la société américaine, et le déterminisme social qui en incombe.

Je remercie les éditions 10/18 et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce roman par l’intermédiaire de sa version poche, qui vient d’être publiée.

Date de publication originale / Dans cette édition : ??? / 2021 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Pariah ; Traduction : Charles Recoursé ; Maison d’édition : 10/18 ; Nombre de pages : 240

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