Une folie de rêves (Jean-Daniel Baltassat)

Dans le Dessous parisien, il n’y a pas que des caves, égouts, catacombes désertés. Il y a parfois des vadrouilleurs en mal de sensations fortes, et il y a aussi Michelangelo, ancien peintre faussaire polonais sexagénaire, arrivé en France depuis désormais de nombreuses années, installé en partie dans ce Dessous pour y réaliser la fresque de sa vie, au sens littéral comme artistique. Cette fresque gigantesque, mélange de peinture et d’objets collés, y est quasi terminée, ne restant plus qu’à ajouter le ciel bleu miel des souvenirs de l’artiste, teinte qu’il a enfin réussi à obtenir. Mais c’est sans compter sur une rencontre qui va bouleverser sa routine, celle des girls, adolescentes entre 16 et 18 ans, arrivées à Paris clandestinement pour se rendre ensuite à Youké, s’étant elles-mêmes rencontrées au gré de leurs errances dans la capitale : Maalu, Syrienne ; Nadira, Béninoise ; Sila, Sri-Lankaise ; Winnie et Zenaï, Soudanaises ; girls accompagnées d’un garçon, Hakim, le frère de Maalu, quant à lui d’une douzaine d’années. Ce qui va bouleverser Michelangelo, c’est que ces adolescents, tout comme lui de nombreuses années auparavant, connaissent l’exil forcé, qui pousse à fuir son pays et tous les traumatismes qui y ont eu parfois eu lieu, pour une vie censément meilleure, loin des guerres, des morts, des violences.

Alternant les chapitres entre notre peintre, les adolescents, et d’autres habitants du Dessous pour le moins inattendus, Une folie de rêves est un roman riche, tant sur le fond que sur la forme, habilement construit et narré, rendant touchant et crédible chaque personnage, tout autant à travers son passé, subtilement esquissé, qui laisse pressentir toute la violence de celui-ci, qu’à travers son présent, qui laisse transpirer ce passé dans chaque parole, dans chaque geste, dans chaque crainte ou inquiétude pouvant prendre des proportions terribles. Les thèmes de l’exil, et de l’immigration en conséquence, y sont abordés avec un réalisme criant, qui se doit d’être raconté pour comprendre ce que peut être le quotidien des nombreux réfugiés adolescents qui survivent tant bien que mal en France, notamment à Paris, réalisme transfiguré progressivement en une belle espérance, là où l’on ne l’attend d’ailleurs pas forcément, faite de peurs qui s’apprivoisent, de confiances qui se gagnent, de bonnes âmes, d’individus pour qui la philanthropie n’est pas un vain mot, Michelangelo en tête. Et si le rêve d’une vie meilleure, finalement, n’était pas toujours non plus un vain mot ? C’est tout ce que l’on peut souhaiter.

Je remercie les éditions Calmann-Levy et NetGalley de m’avoir permis de découvrir ce lumineux roman.

Date de publication : 2021 ; Maison d’édition : Calmann-Levy ; Nombre de pages : 608

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