Sang et stupre au lycée (Kathy Acker)

En termes d’incipit, Sang et Stupre au lycée fait fort, très fort : le récit pèse immédiatement sur son lecteur, avec un aplomb tel que je n’en avais jamais encore connu, sans prendre aucun gant moral. En effet, nous découvrons dans les premières lignes que Janey, dix ans, orpheline de mère, vivant au Mexique avec son père, a une relation incestueuse avec celui-ci. Ce qui plombe franchement, et plus encore qu’Un jardin de sable – moins cependant quant au fait que ce dernier soit en partie autobiographique -, c’est que Janey raconte son aventure incestueuse avec une désinvolture terrible, faisant de celle-ci une histoire d’amour banale entre deux adultes qui ont totalement conscience de leurs actes – pour Janey, en raison de son âge, l’on ne que se poser, bien sûr, la question -. Alors son père, ayant trouvé une nouvelle compagne, envoie sa fille aux Etats-Unis, normalement pour son éducation, mais très vite Janey vrille, fait des rencontres toutes plus déglinguées et surréalistes les unes que les autres, et nous la quittons, alors qu’elle a 13 ans, dans un maelström de lieux, de temps, de personnages, sans avoir bien compris, finalement, le point final de son récit.

Moi qui pensais qu’un roman punk ne pouvait pas exister, Kathy Acker vient de me prouver le contraire : ainsi, tout y est discordant, rythmiquement, narrativement, poétiquement…, mais discordant de manière à former un ensemble qui prend, en fin de compte, sens, enfin sens dans le non-sens, dans le nihilisme le plus total, le plus hallucinatoire. C’est l’explosion perturbante et permanente, en mille morceaux, de tous les codes, culturels, moraux, politiques… en une brièveté qui mêle les genres – poésies, passages théâtraux, essais de traduction, dessins minimalistes souvent pornographiques, ou au contraire d’une grande complexité, qui raconte de micro-histoires inventées par Janey… -, les registres, les histoires… et qui percute, de fait, le lecteur de plein fouet bien malgré lui. C’est une lecture éprouvante, qui questionne, évidemment, et qui bouscule, énormément, toute la conception que l’on peut avoir, non seulement du monde, mais aussi de la littérature. J’ai apprécié.

Date de publication originale / Dans cette édition : 1984 / 2005 ; Langue originale : Anglais (US) ; Titre original : Blood and Guts in High School ; Traduction : Claro ; Maison d’édition : Laurence Viallet ; Nombre de pages : 205

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