Le 33è mariage de Donia Nour (Hazem Ilmi)

En 2048, l’Egypte a été divisée en trois strates, géographiques et sociales : le Nord, avec les notables, les gens de pouvoir, aux villas prestigieuses ; le Centre, avec la majorité de la population vivotant au gré des annonces du Nord, travaillant pour lui, correspondant plus ou moins aux classes moyennes ; le Sud, avec les exilés et les plus pauvres, ceux qui n’ont pas assez respecté le Coran et qui doivent travailler comme des esclaves à la découverte de reliques d’Egypte antique pour le Nord. Cette nouvelle Egypte a vu le jour dans les années 2020, après la Révolution de 2011, grâce au Nizam, entité dictatoriale se servant de la technologie, et pour redonner aux citoyens la ferveur religieuse – chaque prière, chaque comportement qui respecte les écritures coraniques permet de gagner des Bons Points ; l’inverse entraîne emprisonnement, exil… -, et pour les pousser à la consommation – ils sont ainsi assaillis, par exemple, de rêves-pub pendant leur sommeil. C’est une société ultra-religieuse, ultra-capitaliste, qui pousse autant à la connaissance parfaite de versets qu’à l’achat des articles dernier cri, mais aussi ultra-surveillée par des robots-drones, les Gardiens des Mœurs, garants de toutes les bonnes ou mauvaises actions des Egyptiens.

C’est dans cette société qu’évolue Donia Nour, jeune femme de 22 ans qui a pris le parti de s’en échapper via une méthode bien peu conventionnelle qui lui aura, finalement, été imposée dès son plus jeune âge, à ses 13 ans. Mais alors qu’elle est sur le point de parvenir à son but, tout ne va pas se passer comme prévu, jusqu’à ce qu’une rencontre inattendue lui permette de s’extirper de ses terribles mésaventures.

Voilà une dystopie qui, sans être foncièrement originale, dénonce, avec beaucoup de pertinence, le pouvoir des religions – pas seulement du Coran, comme nous le comprenons au fur et à mesure de la lecture, et c’est tant mieux -, leur hypocrisie au sein d’un ultra-capitalisme qu’elles devraient fustiger, mais avec lequel elles préfèrent, très cyniquement, évoluer en vue du plus important profit possible. Elle mêle subtilement gravité de la situation et évènements ou dialogues humoristiques venant alléger le tout – de nombreuses scènes sont en effet très pesantes, sans surprise en raison du régime politique instauré -, et donne lieu à un ensemble narratif cohérent, bien mené. C’est une découverte comme je les apprécie.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2013 / 2018 ; Langue originale : Anglais ; Titre original : The 33rd Marriage of Donia Nour ; Traduction : de l’allemand (publication en 2016 dans cette langue) par Hélène Boisson ; Maison d’édition : Denoël ; Nombre de pages : 355

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