Les Rougon-Macquart 8 : Une page d’amour (Emile Zola)

Après la terrible déchéance de Gervaise, et avant la déchéance à peine moins terrible de sa fille, Nana, la place est laissée, dans ce huitième tome des Rougon-Macquart, à Hélène Mouret, fille d’Ursule Macquart et du chapelier Mouret, épouse Grandjean, très vite veuve, venant s’installer à Passy avec sa fille d’une dizaine d’années, Jeanne, petite malade sujette à des crises qui la fragilisent et l’épuisent, sans que l’on ne sache exactement ce qu’elle a. C’est durant l’une de ces crises que, prise par l’urgence, Hélène fera appel à son voisin, le docteur Deberle, plutôt qu’à son médecin habituel : coup de foudre immédiat entre eux, difficilement contenu car les rencontres sont nombreuses – la jeune femme va devenir amie avec Mme Deberle -, mais aussi difficilement réalisable car Jeanne éprouve une passion dévorante pour sa mère. Passion filiale et passion amoureuse vont de fait se mêler, donnant à ce roman une forte empreinte psychologique, alternant entre les pensées, les réflexions, les sentiments, de la mère et de la fille face à cet amour naissant, et à ses conséquences.

Se terminant, certes, comme la majorité des romans de Zola, du moins ceux que j’ai lus, sur un drame préparé dès les premiers chapitres, Une page d’amour n’en est pas moins plus doux que celui qui le précède et celui qui le suit. Il est une respiration qui nous sort de Paris, dans une commune limitrophe qui n’y est pas encore rattachée, qui nous montre à voir, dans des descriptions poétiques parfois évanescentes, parfois au contraire pesantes, la capitale à travers le regard d’Hélène, regard qui évolue au fil de sa passion pour Henri, qui évolue aussi au fil des saisons, qui évolue enfin alors qu’elle comprend que sa fille est jalouse du médecin. Et pour une fois, ce n’est pas la protagoniste la victime des tares familiales, mais sa fille, tout autant fragile psychologiquement, comme les Macquart, que physiquement, comme les Rougon.

Un roman différent en somme de ceux qui précèdent, mais tout aussi intéressant et agréable à lire, qui nous livre une nouvelle facette du romancier, moins violente, moins satirique, plus psychologique, plus proche à mon sens de La faute de l’abbé Mouret que du reste.

Date de publication originale : 1879 / 1975 ; Maison d’édition : Le Livre de Poche ; Nombre de pages : 416

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s