Black Sunday (Tola Rotimi Abraham)

Bibike, Ariyike, Peter et Andrew ont une vie tranquille, leur mère ayant un poste confortable dans un ministère, leur père vivotant davantage, mais gagnant tout de même assez d’argent pour assurer à la famille un train de vie tout à fait acceptable dans le Nigeria des années 1990. Mais, en 1996, année où débute le roman, une purge gouvernementale, dont la mère fait partie, passe par là, et la famille plonge brutalement dans la misère la plus totale, le père ayant en effet dilapidé le peu qu’il restait dans un investissement fantôme pour la Nouvelle Eglise évangélique, à laquelle tous, parents comme enfants, s’étaient raccrochés après leur première déconvenue financière. C’est alors que la mère disparaît, suivie par le père, qui laisse la fratrie chez sa mère à Lagos avant de l’abandonner à son sort. Les jumelles sont alors adolescentes, les garçons encore des enfants : ils vont tous les quatre apprendre à grandir, tant bien que mal, dans ce nouveau Nigeria, plus cruel, surtout pour les femmes, et nous les suivrons, l’un après l’autre à plusieurs reprises, au fil des ans, via des écarts temporels abyssaux – l’on passe en effet de 1996 à 2005 dans une logique davantage narrative que chronologique -.

Heureusement que la temporalité morcelée et anarchique choisie par Tola Rotimi Abraham est présente, car j’aurais sinon encore pesté contre un énième roman choral manquant d’originalité et de mordant : en effet, l’alternance des points de vue de la fratrie est quant à elle scolairement menée de chapitre en chapitre, ce qui n’apporte que peu au récit, au contraire de la fragmentation temporelle qui donne plus de corps, principalement aux personnages. De sauts de puce en sauts de puce, nous assistons à des passages clé de la vie de chacun, à des moments d’apprentissage souvent douloureux d’ailleurs, voire très violents ; et nous découvrons, dans le même temps, certains travers de la société dans laquelle chacun évolue, travers décrits avec précision et émotion, parfois avec ironie, laissant poindre subtilement la voix de la romancière.

Black Sunday est certes un roman que j’ai apprécié découvrir quant aux thèmes qu’il aborde, et quant à la description sans filtre qu’il nous propose du Nigeria, – corruption politique, mainmise religieuse, inégalités sociales… -, dans lequel les femmes, plus particulièrement, doivent faire preuve d’une sacrée force pour survivre aux outrages qui leur sont faits. Mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable, gênée encore une fois par une construction trop académique, courue d’avance, qui limite vraiment les potentialités narratives et stylistiques de certains jeunes romanciers.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2020 / 2021 ; Langue originale : Anglais (Nigeria) ; Titre original : Black Sunday ; Traduction : Karine Lalechère ; Maison d’édition : Autrement ; Nombre de pages : 336

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