Enrage contre la mort de la lumière (Futhi Ntshingila)

Mvelo voit sa vie vaciller, puis basculer tout à fait, en quelques années : née d’un amour intense entre deux adolescents qui se terminera dramatiquement, elle est elle-même, au début du récit, une adolescente vivant désormais, à quatorze ans, dans un bidonville d’Afrique du Sud, avec sa mère, Zola, atteinte du Sida, après avoir connu un début d’existence beaucoup plus radieux. Et cette existence ne fera que la conduire vers des abîmes de plus en plus tragiques et violents, jusqu’à ce, qu’enfin, la roue du Destin la mène vers de plus optimistes auspices.

Enrage contre la mort de la lumière est un roman qui fait de sa concision une force : en effet, alors que l’histoire de Mvelo nous est racontée en même temps que le passé de sa mère, ainsi que leur passé commun à partir de sa naissance, ce qui pourrait donner lieu à un récit dense, l’ensemble s’intrique avec une grande fluidité, Futhi Ntshingila allant à l’essentiel pour davantage se concentrer sur le caractère tragique de ses deux personnages principaux. Mère et fille sont comme liées par une fatalité familiale, qui les entraîne dans les mêmes gouffres, d’une violence décrite dans toute la crudité de sa banalité, ce que la fille parviendra finalement à tromper, au contraire de sa mère, qui a connu davantage de coups du sort que de hasards chanceux. L’on suit ainsi le cheminement de chacune, pour l’une jusqu’à sa déchéance, pour l’autre jusqu’à son ascension, jusqu’à percevoir, derrière cette tragédie qui semble avant tout familiale, une tragédie encore plus ontologiquement sociale, intrinsèque à la condition féminine, encore de nos jours, en Afrique du Sud.

Un roman d’une grande force en somme, très sensible, qui me permet de découvrir avec beaucoup d’intérêt et une nouvelle autrice, et une nouvelle maison d’édition, Belleville, qui fourmille de petites pépites qui ont déjà commencé à remplir ma PAL.

Date de publication originale / Dans cette édition : 2014 / 2021 ; Langue originale : Anglais (Afrique du Sud) ; Titre original : Do not go gentle ; Traduction : Estelle Flory ; Maison d’édition : Belleville ; Nombre de pages : 196

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