Jours de sable (Aimée de Jongh)

John Clark est photoreporter pour un journal local lorsque s’offre à lui un projet photographique qui veut raconter la détresse des fermiers de la Dust Bowl, région rendue presque hostile par les sécheresses continues en cette année 1937 – tout n’y est plus, en effet que sable -, détresse encore accentuée par la Grande Dépression, encore en cours. En voiture, son matériel photographique et sa liste de photos à faire pour convenir à ce que lui demande la Farm Security Administration sur la banquette arrière, il parcourt les terres d’Oklahoma, du Kansas, du Texas, pour faire ce que pour quoi il a été engagé. Mais très vite, dès ses premières rencontres les habitants, ceux qui résistent, tant bien que mal, à l’envie d’émigrer en Californie, ou, bien plus souvent, ceux qui n’ont pas les moyens d’y émigrer, son « travail » devient bien autre chose.

Jours de sable est comme un pré Raisins de la colère, en ce que la bande-dessinée d’Aimée de Jongh raconte la Dust Bowl, que quitte justement les Joad pour la Californie – même si, dans leur cas, c’est l’expropriation qui leur fait fuir leur Oklahoma natal -. Ce que rencontre John dans cette région des États-Unis qu’il ne connaît guère, c’est la désolation : nous traversons, avec lui, les lieux, comme dans un no man’s land de poussière de sable et de chaleur, de misère et de maladie pour ceux qui sont pour l’instant restés, de mort, végétale, animale, humaine. La sécheresse se ressent dans la moindre planche, envahie par le sable qui se glisse partout, dans les maisons, mais aussi dans les organismes, qui emplit le tout, majoritairement, d’un jaune orange implacable d’un réalisme criant, qui rend compte au mieux du drame vécu par des fermiers qui ne peuvent plus rien, ou presque, faire pousser, et qui finissent soit par partir, soit par mourir.

Cette description minutieuse et hyperréaliste – d’où, aussi, mon rapprochement immédiat d’avec Steinbeck -, remarquablement documentée, accompagnée de surcroît de photographies d’archives, s’accompagne de plus d’une réflexion très intéressante sur le rôle, et le pouvoir, de l’image, alors que le monde s’apprête à vivre une Seconde Guerre Mondiale, et que toute photographie peut servir, plus encore en ces temps de crise, économique, politique, idéologique, à lui faire dire ce que l’on souhaite, si l’on choisit de prendre parti.

Une BD remarquable, qui fait indéniablement partie de mes derniers coups de cœur du genre : narration et graphismes sont d’une grande maîtrise, donnant parfaitement sens à l’ensemble.

Date de publication : 2021 ; Maison d’édition : Dargaud ; Nombre de pages : 288

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